Une église où rôde le diable ! - Un bâtiment qui deviendra un modèle international

 

Rome Pigna Eglise du Gesu

La via del Plebiscito aboutit à une petite place de forme irrégulière dominée par la façade de l’église que l’on aura au préalablement longée, c’est la Place du Jésus.

Elle est renommée pour être une « place à courants d’air » du fait des nombreuses rues et ruelles qui y débouchent. Cette caractéristique lui vaut d’être le support d’une très ancienne légende. Le diable se promenait à Rome avec son compère le vent. Devant l’église du Gesù, le diable dit à son compagnon de l’attendre car il avait une petite affaire à y régler. Le diable y entra mais n’en sortit plus. Et le vent l’attend toujours !

L'Église du Jésus, dont le nom complet est « Église-du-Très-saint-Nom-de-Jésus » est l'Église mère de la Compagnie de Jésus et conserve la tombe de son fondateur, Saint-Ignace-de-Loyola.

« Cet aventurier espagnol, rempli d’exaltation et un peu fou, mourut en 1556 et fut canonisé en 1622 »[1].

Toujours est-il, qu’en 1551, Saint-Ignace commanda à l'architecte florentin Nanni de Baccio Biggio une église pour la Compagnie de Jésus avec quelques caractéristiques particulières : une église en croix latine mais avec une nef unique pour regrouper tous les fidèles, une chaire placée sur le côté pour faciliter la prédication, un maître-autel surélevé pour rendre bien visible la célébration de l'Eucharistie et des chapelles latérales vouées à la prière et à la confession. Ignace décède en 1556 et les financements ne seront réunis qu’en 1568 grâce au cardinal Alexandre Farnèse. Les plans de Nanni de Baccio Biggio avaient été retravaillés par Michel-Ange, puis par Vignola qui est finalement chargé de son édification. Après le décès de Vignola en 1575, c’est Giacomo della Porta qui terminera l’édifice, notamment sa façade. A sa consécration, en 1584, l'église fut la première grande réalisation après le sac de Rome de 1527.

Ce nouveau style d’église répond aux exigences de la réforme liturgique préconisée par le concile de Trente (1545 / 1563) souhaitant faire participer les fidèles à la liturgie : entendre le prédicateur, voir le prêtre célébrer la messe et pouvoir suivre en lisant son missel. L’église devient un lieu de « représentation » dont la forme et la décoration sont déterminés par cet objectif. La coupole y joue un rôle important : posée sur un tambour percé de hautes fenêtres, elle permet d’éclairer la croisée du transept et la nef, mais elle est aussi une forme symbolique très utilisée dans l’architecture byzantine et orthodoxe. Par sa forme elle représente en effet le ciel qui domine la terre. En conséquence, elle est généralement décorée d’anges ou de saints. Au Gesù, sont particulièrement représentés des saints de la Compagnie de Jésus. Au sommet de la coupole, la lanterne qui permet d’éclairer l’intérieur de la coupole et ses peintures, symbolise la maison de dieu, au sommet des cieux. C’est pourquoi, c’est généralement la colombe du Saint-Esprit qui est peinte à son plafond.

La façade serait inspirée de dessins d’Antonio da Sangallo le Jeune (1484 / 1546) : séparée en deux niveaux de largeurs inégales (la nef centrale étant plus haute et plus étroite), décorée de pilastres avec des ordres superposés, ornée de volutes permettant de relier harmonieusement les deux niveaux. Au Gesù, la façade, encore assez « plate » devient néanmoins plus dynamique en alliant formes droites horizontales et verticales (pilastres, entablement, frontons rectilignes) et courbes (volutes, colonnes, niches, frontons curvilignes) et en accentuant tous les reliefs. L’église du Gesù est généralement considérée comme une référence dans l’émergence du style « baroque ».

A noter, dans le transept gauche, la chapelle de Saint-Ignace réalisée par le père jésuite Andrea Pozzo (1642 / 1709), mathématicien, théoricien de la perspective et peintre de talent.

« Elle mérite d’être mise au rang des plus beaux objets qui se puissent voir, n’y ayant nulle part ailleurs d’assemblage de marbres aussi heureux et aussi parfait »[2].

Pour une fois que l’exubérance baroque plait à un Français !


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[2] Charles De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.