Feu la trattoria Giovagnoli - Une nouvelle voie urbaine du projet "Rome capitale"

 

Rome Pigna Corso Victor Rmmanuel

De la place du Jésus, la petite Via Aracoeli permet de rejoindre la rue des Boutiques-obscures et le Capitole.

Il y avait là une trattoria au décor moderne et épuré qui avait la particularité tout à fait amusante de vendre les différents plats au poids ! Manifestement, la trattoria servait de cantine à nombre d’employés du quartier qui semblaient y avoir leurs habitudes et y venaient par petits groupes d’affinités. S’il ne s’agissait pas de très grande chère, c’était néanmoins une bonne cuisine familiale, simple, avec un grand choix de viandes, de pâtes et de légumes… Lors d’un de nos derniers passages, le décor était le même, les clients semblables, les plats en self-service similaires, mais les portions étaient désormais délimitées, à un prix bien défini. Il n’y avait plus l’attrait de l’inattendu et de l’effet de surprise lié à la pesée[1].

Après la place du Gesù, la rue qui traversait Rome en direction de l’Ouest, musardait en contournant églises, palais, ruines antiques et pâtés de maisons médiévales. Elle formait une section de la « via Papalis » dénommée ainsi parce que le pape récemment élu la parcourait, en qualité de nouvel évêque de Rome, pour prendre possession de son évêché situé à Saint-Jean-de-Latran. Le cortège reliait alors le Vatican, siège de la papauté, au Latran, siège de l’évêché de Rome, en passant par le Capitole et le Colisée. Au retour, le cortège traversait le Campo dei Fiori.

Le travail remarquable effectué par des universitaires américains[2] permet non seulement d’avoir accès sur internet au plan de Rome de Nolli de 1748 avec l’ensemble de ses références, mais aussi d’y superposer les vues de Rome de Guiseppe Vasi publiées entre 1747 et 1761. Pour chaque gravure de Vasi sont ainsi précisés le lieu d’où il a dessiné ainsi que son angle de vue. Mieux encore, chaque gravure peut être confrontée à une photographie récente, prise au même endroit et sous le même angle ! Certes, Guiseppe Vasi choisissait ses sujets, en règle générale les principaux monuments de la ville et, parfois, quelques vues « originales » comme les rives du Tibre. C’est qu’il dessinait en priorité les vues qu’il espérait pouvoir vendre notamment aux jeunes lords anglais faisant le « Grand tour ». S’il n’y a pas de dessins de foules ou de vues trop « pittoresques », il est possible de rendre ces vues plus vivantes en les superposant aux explications, remarques et commentaires des lettres que Charles de Brosses, âgé de trente ans et conseiller au Parlement de Bourgogne, envoya à sa famille et à ses amis fin 1739, début 1740. L’association des plans, vues et textes peut ainsi  donner l’impression de voyager dans la Rome de Benoit XIV Lambertini, avant le percement de la nouvelle voie !

Dans le cadre du plan d’urbanisme de 1883, dont l’objectif était de transformer une ville modeste de 250 000 habitants en une capitale moderne d’un nouvel Etat, le Royaume d’Italie, il était envisagé des extensions de la ville mais aussi le percement de quelques voies dans le centre qui était resté globalement médiéval. Il était donc prévu la réalisation d’une voie nouvelle, large, directe, pour relier la place de Venise aux nouveaux quartiers du Borgo, de l’autre côté du Tibre.

Les travaux commencèrent dès 1885, avant même les autres réalisations comme la Place de la République, la via XX settembre ou la via Cavour. Mais il n’était pas question d’aller tout droit en détruisant tout sur sa route, il y avait trop d’églises, de palais d’une grande importance historique et architecturale pour se le permettre. C’est pourquoi, tout en s’efforçant de conserver un tracé rectiligne, la voie s’autorise néanmoins quelques légers virages : après le Largo di Torre Argentina pour passer devant la façade de l’église Sant’Andrea della Valle, puis devant le Palais Massimo pour longer ensuite le Palais de la Chancellerie, devant la Chiesa Nueva et l'oratoire des Philippins enfin pour rejoindre le Tibre à l’emplacement des vestiges d’un pont construit par Caligula et rénové par Néron, le « pont triomphal ». Entre chacun de ces virages, il fallut trancher dans le vif en détruisant des quartiers anciens.


[1] Pire, en février 2014, c’est devenu une steackerie pour touristes sans aucun attrait !

[2] Univesité de l’Orégon, département d’architecture.