Les ruines des thermes d'Agrippa - Le palais Maffei-Marescotti - Le palais Fonseca-Conti et les mignardises du bar de l'hôtel "Minerva"

 

Rome Pigna via dell’Arco della Ciambella Madone au rosaire

Du Largo Argentina, la via dei Cestari permet de rejoindre la piazza de la Minerva. La plupart des rues de ce quartier furent tracées au XVIe et au XVIIe. Le nom de Cestari provient des fabricants et vendeurs de paniers (« cesti ») qui l’occupaient.

L’église située à droite, au début de la rue, « delle Sacre Simmate di San Francesco » (des stigmates sacrés de Saint-François) a été reconstruite au XVIIIe sur l’emplacement d’une église plus ancienne qui était appelée à l’origine « del calcarario » à cause des nombreux fours à chaux installés dans le quartier.

La zone était occupée par les ruines des thermes d’Agrippa dont une salle ronde. Le pape Grégoire XV la fit détruire afin de créer une rue, perpendiculaire à la via dei Cestari, la via dell’Arco della Ciambella où peuvent se voir encore un grand pan de mur courbe de briques.

Une fastueuse madonnelle est adossée au pied droit d’un arc romain. Cette madone au rosaire était particulièrement vénérée parce qu’elle faisait partie des madonnelles qui avaient manifesté leur inquiétude, en 1796, suite aux succès de l’armée française d’Italie. La madone avait détourné son regard ! La peinture actuelle est une copie de la fin du XIXe. Elle est placée dans un cadre de style Renaissance, protégée d’un baldaquin de bois et éclairée par deux luminaires.

A droite, au croisement avec la via del Pigna, le palais Maffei Marescotti. Il a été érigé en 1580 par Giacomo Della Porta (1533 / 1602), l’architecte de la façade du Gesù, de la jolie église Santi Domenico e Sisto au Largo Magnanapoli, et la fontana delle Tartarughe sur la piazza Mattei. La façade principale est située sur la via del Pigna et comporte trois étages. Elle ressemble, en plus petit, au palais Farnèse (1517 / 1589). Le dessin qu’en donne Vasi est d’autant plus extraordinaire qu’il n’avait en réalité aucune profondeur de champ si l’on se réfère au plan de 1748 !

Les « vues d’artiste », c’est finalement bien mieux qu’un objectif grand-angle qui ne pourra jamais en donner une vue aussi complète et régulière !

Le dernier palais à droite, en arrivant sur la piazza della Minerva, est le palais Fonseca-Conti transformé en un luxueux hôtel, l’hôtel Minerva. Le palais Fonseca, du XVIIe, fut acquis par la famille Conti qui acheta progressivement toutes les maisons voisines. En 1841 d’importants travaux furent exécutés pour donner une cohérence à l’ensemble et afin de destiner le bâtiment à l’hôtellerie. Stendhal logea en 1835 dans une des maisons du palais Conti, avant sa rénovation, sans que l’on puisse désormais préciser à quel endroit du fait des modifications postérieures.

Nous arrivons au coin de l’hôtel Minerva au moment même où un besoin impérieux de café se fait sentir, comme par hasard. Il faut avouer que j’aime à fréquenter le bar du Minerva lors de mes passages à Rome, le bar seulement, car les chambres de l’hôtel sont très au-dessus de mes moyens. Ambiance feutrée, sièges moelleux, silence épais et une coupelle de mignardises accompagnant le café à damner un saint : chocolats, pâtes de fruits, nougats, meringues et tuiles aux amandes. Pas question de se refuser cela d’autant que ce n’est pas plus cher qu’un café à une des terrasses de la place du Panthéon. Une halte au Minerva fait partie de l’initiation à la découverte de Rome.

Mais aujourd’hui, déception ! La coupelle de mignardises qui nous est servie se résume à un chocolat et une meringue ! C’est trop fort, désormais les mignardises de la Minerva se réduisent à quasiment rien ! Effet de la crise économique ? Conséquence de l’affaiblissement des valeurs morales dans notre société ? Résultat d’un changement de propriétaire ou de clientèle ? Corollaire du développement des régimes basses-calories et des impératifs de santé publique ? Epuisement des stocks ? Le temps des miracles[1] est bien terminé. Je me perds en conjonctures.

De quel phénomène de société, la contraction de l’assiette de mignardises accompagnant le café de l’hôtel Minerva est-elle le signe ? Question subsidiaire : retournerai-je au bar de l’hôtel Minerva lors de mon prochain passage dans le quartier ?[2]


[1] Constat curieux : il n’existe pas d’antonyme à « miracle »”!

[2] Hé bien non ! J’ai boudé le Minerva les années suivantes de peur d’être déçu.