Des papes obeliscomaniaques – Une décoration de la ville sans ésotérisme apparent

 

Rome Pigna Piazza Minerva 5

Rome est sans doute la ville du monde qui comporte le plus d’obélisques : treize anciens à elle seule alors que Paris ne peut s’enorgueillir que d’un seul ! A la Renaissance, en détruisant les édifices médiévaux, on redécouvre les obélisques qui étaient souvent brisés et enfouis dans le sol.

Sixte Quint (1585 / 1590), à lui seul, en fit redresser quatre : place Saint-Pierre, place de l'Esquilin, devant Saint-Jean-de-Latran, place du Peuple !

Cela fit exemple et entraîna une véritable obéliscomania : Innocent X (1644 / 1655) érigea celui de la place Navonne sur la fontaine des fleuves et Alexandre VII (1655 / 1667) celui de la place de la Minerve, sur le « poussin ». Clément XI (1700 / 1721) éleva celui qui est situé sur la place du Panthéon et Pie VI (1775 / 1799) en fit dressé trois (via del Parlemento, place du Quirinal et en haut de l’escalier de la Trinité-des-Monts). Pie VII (1800 / 1823) dressa l'obélisque situé dans les jardins du Monte Pincio. Un autre existe dans les jardins de la villa Célimontana au sud du Pincio. Enfin, Victor-Emmanuel II en fit dresser un sur le parvie de la gare de Termini (déplacé depuis viale Einaudi).

Pas nécessairement d’origine égyptienne d’ailleurs ces obélisques !

Les Romains, ayant trouvé la chose à leur goût, en avaient fabriqué eux-mêmes et décorés nombre des monuments de la Rome antique[1]. Mais la comptabilité s’avère plus difficile encore car l’obéliscomania a continué à frapper et de nouveaux obélisques furent fabriqués et érigés au XIXe siècle, obélisques des villas Torlonia (2) et Médicis.

Au XXe siècle, bien évidemment, le régime fasciste a lui aussi été victime d’une crise d’obeliscomania avec un obélisque dédié à Mussolini sur le « Foro italico » et la stèle géante d’Axoum, place de la Porte Capena en face du ministère de l’Afrique italienne, la future FAO. Cette dernière, vieille de 1700 ans, pillée en Ethiopie, a été érigée le 31 octobre 1937 pour commémorer, à quelques jours près, le quinzième anniversaire de la marche sur Rome. Démontée en 2002, elle a été remontée sur son lieu d’origine en 2008. Faut-il également comptabiliser ce que les Romains appellent « les suppositoires de Mussolini » : la trentaine de ridicules mini-obélisques-lampadaires plantés tout au long de la via della Conciliazione qui débouche sur la basilique Saint-Pierre ?

Dans le quartier de l’EUR, via Christoforo Colombo, est dressé un obélisque constitué d’un empilement de tranches, construit pour les Jeux Olympiques de 1960 et dédié à Guglielmo Marconi.

Cela ferait donc 18 à ce jour !

J’avais un peu espéré que tous ces obélisques auraient été placés selon un plan d’ensemble, une vision globale, secrète peut-être, renvoyant à des signes cabalistiques et des théories ésotériques, mais l’examen de leur situation dans la ville ne laisse rien espérer de tout cela. C’est plutôt le bazar dans la disposition des obélisques et, s’ils n’ont pas été semés au petit bonheur la chance, ils ont manifestement été placés dans des lieux fréquentés, selon de vastes perspectives, pour être vus par le maximum de personnes afin de glorifier éternellement leurs mécènes.

La Trinité-des-Monts est ainsi reliée à Sainte-Marie-Majeure, puis à Saint-Jean-de-Latran, par une « chaîne » de trois obélisques. D’autres obélisques ouvrent symboliquement une voie comme celui de la place du Quirinal vers la Porta Pia, ou plus extraordinairement encore, du centre de la place du Peuple à partir duquel trois voies en éventail permettant d’accéder aux coulisses de la ville. Enfin, il y a tous ceux qui marquent plus simplement le centre d’une place : Saint-Pierre, Navone, Panthéon, Quirinal, Foro Italico.


[1] Places Navone, du Qurinal, de l’Esquilin et Trinité des Monts et jardin du Pincio.

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur le quartier de Pigna

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