Un Panthéon soigneusement dépouillé - Voire affublé d'excroissances ! - "Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante"

 

Rome Pigna Panthéon

C'est sans doute le monument le mieux conservé de la Rome antique. Il faut dire qu’il a été très vite utilisé comme lieu de culte chrétien, dès le VIIe siècle, ce qui lui a évité quelques désagréments.

« Le plus beau reste de l’antiquité romaine, c’est sans doute le Panthéon ; ce temple a si peu souffert, qu’il nous apparaît comme aux Romains. En 608, l’empereur Phocas (…) donna le Panthéon au pape Boniface IV, qui en fit une église. Quel dommage qu’en 608 la religion ne se soit pas emparée de tous les temples païens ! Rome antique serait presque debout toute entière »[1].

Certes, la richesse de sa décoration a quand même pâti de la convoitise et de l’ambition des princes et des papes qui utilisèrent les marbres de ses façades pour leurs palais, ainsi que tous les ornements de bronze du fronton, vraisemblablement un grand aigle aux aigles déployés, comme les étoiles qui décoraient le dôme. Le bronze fut fondu pour réaliser le baldaquin de Saint Pierre. Pire, le Panthéon fut affublé de deux « mauvais clochers »[2], en 1634, placés à chacune des extrémités du fronton, suite à une commande du pape Urbain VIII au Bernin. Ces ajouts ne contribuèrent pas à la gloire du Chevalier, bien au contraire, puisque les Romains les surnommèrent « les oreilles d’âne du Bernin ». Les deux clochetons furent finalement détruits en 1882, mais on peut assez facilement en trouver des illustrations sur des reproductions de gravures ou des photos anciennes chez les libraires, bouquinistes et marchands de souvenirs.

 « Mais le plus barbare de tous, sans contredit, fut Urbain VIII, qui déshonora par deux ignobles clochers la base de la coupole »[3].

Cette appellation pas très élogieuse ne fit toutefois pas peur à l’architecte d’une église de Malte, Sainte-Marie à Mosta (1833 / 1871), lequel construisit un Panthéon « amélioré », plus grand, plus haut (la coupole est porté par un haut tambour !), dont le portique est surmonté de deux campaniles à deux étages, en hommage à ceux du Bernin peut-être ?

Le Panthéon présente la plus grande coupole de l’antiquité qui ait subsisté : 43 mètres de diamètre. Elle resta la plus grande d’Europe jusqu’à la construction de la coupole de Brunelleschi à Florence, en 1436, soit pendant un millénaire et demi, ce qui n’est pas rien. Si Sainte-Sophie de Constantinople est beaucoup plus vaste que le Panthéon, sa coupole centrale ne mesure « que » 31 mètres. La coupole a été coulée en béton, un mélange de chaux et de sable auquel était ajouté un granulat composé, à la base de la coupole, de briques concassées, puis dans une seconde couronne de tuf et de briques concassées, enfin en pierre ponce et tuf, afin d’alléger le poids de la voûte. L’ouverture centrale, de neuf mètres, permet l’éclairage de la salle, allège et renforce le dôme.

Notre coutume de placer les « Grands Hommes » dans des monuments prestigieux est issue de l’utilisation, depuis la Renaissance, du Panthéon romain comme tombeau : Raphaël (1487 / 1520) en tout premier lieu, selon ses dernières volontés. Son corps a été placé dans un sarcophage antique sur lequel est inscrit : « Ci-gît Raphaël, à sa vue la nature craignit d’être vaincue ; aujourd’hui qu’il est mort elle craint de mourir. ». Puis ont été enterrés, près du maître, ses élèves Baldassare Peruzzi (1481 / 1536) et Perin del Vega (1501 / 1547), les peintres Giovanni da Udine (1487 / 1564), Taddeo Zuccaro (1529 / 1566) et Annibale Carraci (1560 / 1609). Enfin, les deux premiers rois d’Italie : Victor Emmanuel II (mort en 1878) et Umberto 1er (mort en 1900) et son épouse, Marguerite de Savoie. Le sarcophage de Victor-Emmanuel II est gardé par un représentant de l’Ordre de la Maison de Savoie, en grand uniforme, avec cape brodée des armes de la Maison de Savoie : une croix blanche sur fond rouge[4].


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[2] L’appréciation est de Stendhal.

[3] Norvins, Charles Nodier, Alexandre Dumas. « Italie pittoresque, tableau historique et descriptif de l'Italie, du Piémont, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte et de la Corse ». 1836.

[4] Victor-Emmanuel II reste très honoré des Italiens comme « père de la Nation ». La République italienne s’honore de ne pas avoir donné suite à la demande de transfert du corps de Victor-Emmanuel III au panthéon compte-tenu de sa compromission avec le fascisme.