Le plafond du frère Pozzo - La fausse coupole - La place de Sant'Ignazio

 

Rome Pigna San Ignatio

Après le Panthéon, prenons la via del Seminario qui conduit à la place et l'église Sant’Ignazio (1626 / 1685). Elle est de Carlo Maderno et fut érigée en l'honneur de Saint-Ignace-de-Loyola, fondateur de l’ordre des jésuites. Derrière une façade un peu sévère, l'édifice renferme une immense fresque en trompe-l'oeil au plafond de la nef représentant l'apothéose du saint, accueilli par le Christ et la Vierge, et l'allégorie de son oeuvre missionnaire (1685). Elle fut exécutées en 1694 par le frère jésuite Andréa Pozzo (1642 / 1709).

Elle représente un nouvel étage du bâtiment, superposé aux murs de la nef, qui serait supporté par de solides colonnes rondes dans le prolongement des pilastres de l’église. Ces colonnades, ces porches, loin d’être couverts à leur tour par une voûte, s’ouvrent au contraire sur un ciel infini dans lequel flottent des personnages attirés vers Saint Ignace, trônant sur un nuage. Au centre de la composition, un rayon de lumière jaillit de la poitrine du Christ et va frapper le cœur de Saint-Ignace d’où la lumière diffuse sur l’ensemble de la composition éclairant les quatre coins de la voûte figurant chacun une des parties du monde, illuminant jusqu’aux endroits les plus éloignés, y compris ceux dissimulés derrière les fausses colonnes. Sur une surface quasiment plate, Andrea Pozzo réussit à créer un espace virtuel, en trompe l’oeil, ouvrant sur le ciel.

Ce même jeu de fausses perspectives est utilisé dans la réalisation de la coupole… en réalité une peinture sur une toile plate tendue ! L’histoire veut que les religieuses voisines refusaient la construction d’une coupole qui aurait fait de l'ombre dans leur jardin ! La toile d’origine, peinte par Pozzo, a été brûlée et la toile actuelle, sombre, apparaît d’une facture médiocre. A l’entrée de Sant’Ignazzio, à l’emplacement marqué d’une dalle ronde de marbre clair, le trompe-l’œil fait illusion... partout ailleurs, la coupole apparaît pour ce qu’elle est véritablement, une toile peinte sur une surface plane. Du fait de sa médiocre facture, l’illusion est moins forte qu’à la Jesuiten Kirche de Vienne, également de Pozzo, qui représente une coupole à caissons, posée sur un large tambour d’un étage où alternent fenêtres et niches encadrées de colonnes, coupole elle-même surmontée d’une lanterne.

« …le dôme qui n’en est pas un car il n’est pas fait. Mais en attendant, le frère Pozzo a peint en détrempe, sur un plafond de toile, la figure concave d’un dôme en perspective. Cet ouvrage, dont vous avez sans doute ouï parler, a une grande réputation. En effet, il est d’une exécution hardie, facile et surprenante ; mais quoiqu’il soit récent, les couleurs sont déjà devenues fort brunes. Je crois que dans sa nouveauté il était d’un effet supérieur à celui qu’il produit aujourd’hui »[1].

Avec ces deux œuvres, Sant’Ignazio illustre une des caractéristiques du baroque : le jeu sur les perspectives pour rendre les formes architecturales, picturales ou sculptées plus dynamiques.

A la sortie de Sant’Ignazio, admirez la magnifique place de Filippo Raguzzini (1727 / 1728). Exception faite peut-être de la place Ducale de Vigevano (1492), peut-on imaginer plus extraordinaire décor urbanistique ? La place est entièrement traitée comme un décor scénique assurant tout à la fois entrées et sorties commodes pour les acteurs et comprend tous les accessoires nécessaires au bon déroulement de la Commedia dell’arte. Le plateau est traversé par une rue, la via del Seminario, qui garantit, côté cour comme côté jardin, les dégagements rapides. Le fond de scène est occupé par un immeuble à la façade incurvée, avec un corps central en saillie présentant trois niveaux de balcons qui permettraient ainsi de traiter les scènes d’amour entre amants, d’enlèvement ou encore les scènes dans lesquelles un tribun haranguerait une foule. De chaque côté de ce fond de scène, deux rues en diagonales, l’une vers les côtés, l’autre derrière l’immeuble central, garantissent tout à la fois les mouvements de foule, de cavaliers et de carrosses ou, au contraire, les sorties brutales ou discrètes des acteurs. Il est également possible d’accueillir un chœur dans les rues situées derrière le bâtiment central. Enfin, la présence de balcons sur les immeubles de droite comme de gauche, assure la réalisation de scènes secondaires… Il ne manque qu’une chose à cet exceptionnel écrin, un hémicycle pour les spectateurs !


[1] Charles De Brosse. « Lettres d’Italie ». 1740