Un pied bien chaussé – Des chasubles en attente – Une statue désomais muette

 

Rome Pigna Via del pie' di Marmo

En longeant par la droite Saint-Ignace, on rejoint la piazza del collegio romano d’où part, à droite encore, la via di Pie’ di Marmo, la rue du « pied de marbre » !

Ce pied de marbre, vous aurez l’occasion de le rencontrer, un peu plus loin, à l'angle de la Via di Pie' di Marmo et Via Santo Stephen Cacco, sur un piédestal de briques.

Ce pied est chaussé d’une sandale ouverte, type caligae, faite de lanières de cuir cousues à la semelle. La sandale remonte sur la cheville, lassée au-dessus, et est ouverte au bout laissant les orteils à l'air. Ce pied chaussé est ce qui reste d'une statue qui provient certainement d'un grand temple qui était juste à cet endroit et dédié à deux divinités égyptiennes : Isis et Sérapis. Compte-tenu de la pointure de la chaussure, du XXXXXL, la taille de la statue devait avoisiner les huit mètres de haut !

Le reste de la statue d'Isis n’a pas été retrouvé mais, au Palazzo Nuovo du Capitole, on peut y voir une statue de marbre d'Isis. Le Pie 'di Marmo était bien en vue dans la rue jusqu'en 1878, mais il a alors été déplacé à l’endroit actuel pour faciliter le passage du cortège funèbre du roi Vittorio Emanuele II pour se rendre au Panthéon.

La via di Pie' di Marmo débouche dans la via Santa Caterina di Sienna où vous remarquerez, à gauche, une boutique un peu particulière, « Barbiconi », spécialisée dans les habits ecclésiastiques et les ornements religieux.

Au début du XIXe siècle, la famille Barbiconi a étendu son activité dans le champ religieux en confectionnant des couvre-chefs pour ecclésiastiques. Vers les années 1950, l’entreprise s’agrandit vers la confection « sur mesure » des habits sacerdotaux et s’installe rue Santa Caterina di Sienna. A la fin des années 60, elle ouvre son catalogue aux Ordres chevaleresques en confectionnant des manteaux et uniformes, et la fourniture de décorations, épées et accessoires divers. L'entreprise est néanmoins restée familiale, depuis quatre générations, même si ses activités se sont encore étendues à la vente de parements et objets pour les autels et les cérémonies religieuses, et même l'habillement des sœurs, égalité de « genres » oblige !

Il paraît que la crise touche aussi l’église et que les « monsignore » n’ont plus tout à fait les moyens de renouveler aussi souvent leur garde-robe et leurs habits sacerdotaux. Barbiconi s’en serait plaint. Il paraît même que désormais les boutiques de vêtements ecclésiastiques soldent leurs collections de l’année précédente. Mais mi-février, je n’ai rien vu qui annonçait des soldes chez Barbiconi. Oh, ce n’est pas que j’étais particulièrement intéressé ; simple curiosité.

En retrournant sur nos pas en direction du Corso, on emprunte la petite ruelle de la via Lata. Curieuse appelation puisque la via Lata, la romaine, est aujourd’hui située sous le Corso. Dans le mur du bâtiment de gauche, le palais De Carolis, est incrustée une curieuse petite fontaine datée de 1580.

 « L’une des fontaines les plus attachantes de la ville est celle que l’on surnomme la fontaine du Facchino – du portefaix. Elle se trouve sur la via Lata, adossée à l’austère édifice de la Banca di Roma, où, derrière les murs, les liquidités ont un tout autre sens »[1].

La fontaine du Faccino représente le buste d’un homme coiffé d’une casquette et vêtu d’une chemise à manches longues, portant un baril d'eau du Tibre qu’il vend dans les rues de Rome, baril d’où s’écoule un filet d’eau. La tradition voudrait que la statue ait été réalisée à la fin du XVIe par le grand Michel-Ange lui-même. Il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches. De fait, elle aurait été exécutée en 1580 par Jacopo del Conte pour la corporation des porteurs d'eau. Mais c’est également curieux car Jacopo del Conte est plutôt connu comme étant un peintre maniériste. Autrefois placée en façade, via del Corso, elle a été déplacée via Lata en 1872, peut-être parce qu’elle gênait la circulation des carrosses et voitures à cheval. L

Le Facchino était une des statues parlantes de Rome, la plus récente et la seule qui ne soit pas antique.… mais il semble qu’il y a longtemps qu’il ne dit plus rien, se contentant d’offrir son eau.