Des temples dans les grottes aux temples creusés dans des blocs monolithes - Puis aux temples aux pierres taillées et assemblées

 

Inde du Sud Mahabalipuram

Dans les premiers siècles, avant et après JC, les trois religions présentes en Inde (hindouisme, bouddhisme et jainisme) ont construit des sanctuaires en creusant des grottes ou en construisant des temples en bois disparus avec le temps.

À partir du VIIIe siècle, sous la dynastie Pallava, cette architecture est peu à peu abandonnée pour la construction de temples en pierres taillées et assemblées. Le site de Mahabalipuram est particulièrement intéressant dans la mesure où il représente cette transition entre architecture rupestre, puis monolithe et architecture en pierres taillées.

Le site est composé d’une vingtaine de temples, les uns creusés dans le roc, les autres sculptés dans des blocs monolithes en forme de chars (rathas) et deux temples en pierres taillées et assemblées[1].

Les mandapas sont des sanctuaires rupestres, composés de salles peu profondes, dont les parois sont décorées de bas-reliefs représentant des éléments de la vie de Krishna (épisode où Krishna soulève la montagne pour protéger les bouviers de la fureur d’Indra), des cinq Pandava (les héros du Mâhâbarata), de Vishnou (sous l’avatar du sanglier, ou de Vishnou endormi reposant sur le serpent Ananta).

Plus curieux sont les temples en forme de chars processionnels, des années 630 / 668, taillés dans des blocs monolithes de diorite émergeant dans le sable d’une arène granitique. Ces blocs, de 10 à 20 mètres de diamètres, ont été entièrement taillés et creusés pour constituer de petits temples reproduisant la forme des chars processionnels. De forme carrée, ou légèrement rectangulaire, ils sont composés d’une base, sur laquelle est placée une salle, laquelle est couverte par un toit en pyramide dégradée. Les parois extérieures et intérieures sont entièrement sculptées, en bas-reliefs à l’intérieur des salles, de pavillons miniatures superposés pour la pyramide du toit.

Les temples du rivage sont les premiers exemples de construction en pierres taillées et assemblées au Tamil Nadu (695 / 722). Cette innovation technologique majeure permet non seulement des constructions d’une plus grande ampleur, mais aussi des compositions de structures dans l’espace : enceinte, porte dans l’enceinte, déambulatoire autour du sanctuaire principal, sanctuaire annexe. Elle implique aussi un renversement des étapes d’élaboration de l’édifice : dans les temples monolithes, la taille commence par le sommet pour descendre vers la base, alors que dans les temples en pierres taillées l’érection commence évidemment par la base.

Le plus extraordinaire, c’est que la composition spatiale des temples d’Inde du Sud va conserver celle imaginée avec les temples du rivage de Mahabalipuram, même si elle se complexifiera ensuite à plaisir et que s’y ajouteront notamment les grandes salles hypostyles.

Nous avons eu la chance de visiter cet ensemble de temples anciens un dimanche, jour de la semaine où une partie, au moins, des Indiens est en congé, les fonctionnaires et certains salariés et commerçants. Les temples de Mahabalipuram sont désormais des monuments publics, inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, et ne sont plus des lieux de culte même si leurs sculptures représentent des scènes de la religion bien connues de leurs visiteurs.

Les Indiens viennent donc ici, le dimanche, en famille, pour visiter un des hauts-lieux de leur culture et de leur histoire, comme les Français se pressent au Mont Saint-Michel ou à Versailles. La foule est dense, les enfants nombreux et les étals des marchands tout aussi abondants.

Enfants, jeunes adultes et parents entretiennent un rapport familier avec les temples : chacun s’y promène, s’y assoit ou y grimpe sans gêne aucune mais néanmoins avec suffisamment de respect car on y remarque aucune inscription, graffiti ou dégradation volontaire alors que la surveillance du site apparait des plus lâches.


[1] UNESCO. Liste du patrimoine mondial. « Ensemble de monuments de Mahabalipuram ».