La Piazza Mancini - Le quartier de Flaminio - Le MAXXI Museo nazionale delle Arti del XXI secolo

 

Rome Flaminio MAXXI

Toute une série de lignes de bus sont susceptibles de vous déposer place Mancini, au Nord de Rome, dans une grande boucle du Tibre. Le quartier Flaminio tient son nom de la via Flaminia partant de la porta del Popolo, autrefois une route militaire romaine qui menait en Ombrie.

La zone comprise dans la boucle du fleuve était, jusqu’à la fin du XIXe siècle, occupée par des champs régulièrement inondés lors des crues brutales du Tibre. Repérant ces espaces bien plats et proches de la ville, la « Società Automobili Roma » y construit en 1905 ses usines entraînant le développement d’ateliers, de logements et des premières voies le long du Tibre.

Cette zone d’urbanisation facile, d’accès commode, avec des espaces disponibles, va alors connaître une succession de développements différents selon les périodes et leurs impératifs historiques. En 1911, elle accueille les pavillons de l’exposition internationale qui commémore le cinquantenaire de l’unification de l’Italie acquérant ainsi une nouvelle vocation culturelle et de loisirs. Avec la première Guerre Mondiale, l’usine automobile est transformée en usine d’armement (la « Reale Fabbrica di Armi ») entraînant la construction de casernes et de hangars. En 1921, le quartier est officiellement créé et y sont construits pendant la période fasciste des équipements sportifs, l’hippodrome (1929), le stade national (1927) et, de l’autre côté du Tibre, le stade des marbres (1928). Dernier avatar, celui des Jeux olympiques de 1960 avec la construction du Palais des sports et du Village olympique. Bref, un quartier un peu disparate, un peu oublié, avec de larges voies, des immeubles modernes mais aussi des zones de bâtiments bas, rectilignes et bien alignés, composés de hangars et de casernes.

C’est pour redynamiser cette zone que l’ancien maire de Rome, Francesco Rutelli, avait choisi d’y implanter un nouveau musée, à vocation nationale voire internationale, et consacré à toutes les formes d’art contemporain. En 1999, une quinzaine de dossiers furent retenus suite à une première sélection, dont Rem Koolhaas, Steven Holl, Toyo Ito, Jean Nouvel et Zaha Hadid. C’est cette dernière qui est finalement retenue pour un projet très original, aux formes complexes.

Il faut dire que l’espace choisi n’est pas des plus simples, ni des plus séduisant : en forme de L renversé, il est situé entre les bâtiments longilignes et rigoureusement alignés de l’ancienne caserne. L’architecte a choisi de placer son projet en déconstruisant les perspectives de ce tissu urbain composé de longues lignes droites, strictement parallèles ou perpendiculaires, tout en s’y insérant. La structuration globale du bâtiment est fondée sur un faisceau de tubes à section rectangulaire, alignés et superposés dans la barre du L qui divergent ensuite en se croisant tant latéralement qu’en niveaux. A la fois inséré dans l’histoire et la matrice du lieu, il le sublime en y introduisant de la souplesse, de la complexité, de l’espace.

Alors, évidemment, les critiques se sont déchaînées ! Lors de son inauguration, le ministre de la Culture a été hué, on a reproché à Zaha Hadid d'avoir privilégié les effets architecturaux et le gigantisme par rapport aux possibilités de mise en valeur des œuvres, le journal « Libération » parle d’un « nœud autoroutier transformé en escaliers roulants et nuées de lumière »[1]. Pour faire des critiques plus « sérieuses », on a fait référence à des spécialistes qui soulignent que les murs penchés et ondulés rendent difficile l’accrochage des œuvres. L’accrochage des œuvres ! Comme si la majorité des œuvres contemporaines continuaient à s’accrocher aux murs.

Ne boudez pas votre plaisir. Le musée est un très bel objet avec ses murs penchés, ses planchers ondulés, ses trouées, ses angles, ses perspectives toujours changeantes et étonnantes. Au choix des expositions de faire le reste. Les Romains ne s’y sont d’ailleurs pas trompés qui ont manifestement adopté le bâtiment et la placette qui la précède. Le dimanche, ils y viennent en famille prendre le soleil. Pour ma part, je n’ai qu’une critique à faire : l’organisation de la cafeteria. Il devrait y être possible d’y prendre une boisson ou de s’y restaurer mais le nombre restreint de tables et de chaises – alors que ce n’est pas l’espace qui manque – et l’insuffisance manifeste de personnel, transforment ce modeste souhait en un long combat au résultat incertain. Manière de rappeler peut-être que l’endroit fut un champ de bataille à plusieurs reprises ?