Exposition Bertrand Lavier - La puissance des financiers - Le carré des Niobides

 

Rome Campo Marzio Pincio Villa Medicis 2

Cette année là, c’est un plasticien contemporain qui est exposé, Bertrand Lavier. Une quarantaine d’oeuvres, de formats divers et réalisées à des dates différentes, permettent de rendre compte du parcours de l’artiste depuis ses débuts en 1978 jusqu’à sa plus récente installation « Sociétés Générales », conçue justement pour la façade de la Villa Médicis, côté jardin. De fait, les œuvres exposées sont des objets de la vie courante, modifiés ou « hybridés », de façon à remettre en question, ou mettre en interrogation, leur statut. Par exemple « Young Chang - Arthur Martin », oeuvre de 1990, est constituée d’un piano droit, noir, fabriqué en Corée, de marque « Young Chang », posé sur un congélateur coffre, blanc, de marque « Arthur Martin ». Vous pouvez y voir également un parpaing mis en valeur sur un support métallique, une motocyclette accidentée, des statuettes votives inspirées de modèles africains, des placards métalliques ou des miroirs repeints à l'acrylique…

Bref, globalement rien de très original depuis Marcel Duchamp et ses ready-made, ces objets courants exposés tels quels dans les espaces institutionnels de l'art : roue de bicyclette (1913), porte bouteilles (1914) ou urinoir rebaptisé « fontaine » (1917). Autant l’invention était révolutionnaire au début du XXe siècle, autant le geste apparaît bien éculé un siècle plus tard quels que soient les objets que l’artiste utilise.

L’ensemble n’étant pas particulièrement convainquant, malgré le renom international de l’artiste, j’en profite pour déambuler dans le monument. Qu’elle n’est pas mon indignation quand je constate, sur la façade de la villa Médicis, côté jardin, des publicités pour des banques. Ces gens là osent tout ! On reconnaît de suite les logos de puissantes institutions financières internationales, la Société Générale (rouge et noir), la Banque Populaire (bleu et blanc rayé)… C’est bien le moment, en pleine crise internationale dans laquelle les banques ont une responsabilité majeure, de faire sa publicité sur un monument aussi prestigieux !

Mais, à bien y regarder, ces logos sont toutefois incomplets, les noms ou initiales des établissements sont absents. Aïe ! Je me suis laissé prendre à la provocation de l’artiste ! Il ne s’agit nullement d’une opération de pub pour financer une quelconque rénovation du bâtiment, mais d’un clin d’œil contemporain sur les opérations de publicité et de mécénat des institutions financières actuelles… ou passées comme celles de la famille Médicis qui ne manquait pas d’apposer ses armes – on dirait aujourd’hui : son logo - sur toutes ses réalisations. En effet, en 1576, le Cardinal Ferdinand de Médicis avait fait construire la villa pour accueillir sa précieuse collection de bas-reliefs et de statues (Mercure, Bacchus, Apollon, Jupiter, Flore, Minerve et quelques Sabines…) qui avaient été placées dans les niches qui scandent la façade et les deux avant-corps latéraux de la villa. Depuis 1790, toutes ces cavités étaient vides, les œuvres ayant été envoyées à Florence. Bertrand Lavier y a installé ses huit compositions géométriques, en céramique, créant des tâches de couleurs vives sur cette vaste façade blanche de marbres et de travertins. Elles encadrent les armes des Médicis soulignant ainsi la continuité de la puissance des institutions financières dans le temps et de leur présence dans le mécénat. Comme quoi, il existe encore des marges inexplorées pour les ready made pour peu qu’ils interrogent notre quotidien !

Autre œuvre intéressante, « Fontaine », présentée en l’an 2000, à l’occasion de l’exposition « La Ville, le Jardin, la Mémoire ». Elle est constituée de dizaines de tuyaux d’arrosage, de couleurs vives, venant encadrer le pied d’une vasque et projetant chacun des jets d’eau de direction, de puissance, multiples. L’installation est originale, colorée, ludique…

Au fond des jardins, vous pourrez voir une œuvre de Balthus, directeur de la Villa Médicis de 1961 à 1977, « Le carré des Niobides ». Il a rassemblé un ensemble de copies de statues antiques des quinze Niobides, les enfants d’Amphion et Niobé. Selon la mythologie grecque, ils furent massacrés par Apollon et Artémis pour punir Niobé qui avait offensé leur mère, Léto, en se disant aussi belle qu’elle. Brrr… Les jeunes enfants et adolescents sont groupés autour de leur mère et tendent la main dans un geste de refus et de défense. Ce pourrait être dramatique voire sinistre, ce n’est que morbide ou un peu ridicule… Les statues sont d’origines différentes et n’ont pas toute la même taille et le béton vieillit mal, les mains tombent laissant entrevoir les armatures de métal.

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