Des légionnaires aux chaussures fantaisies - Heurts entre centurions et police municipale - La Porta Capena

 

Rome Campitelli colisee

Quand nous arrivons au pied du Colisée, nous avons la surprise d’y être accueillis par des légionnaires romains. Ils ne semblent pas être en campagne n’ayant ni leur bouclier, ni leur javelot. Peut-être ne sont-ils là que pour assurer la sécurité générale de l’Urb alors que le forum est envahi par les différents peuples de l’Empire, Celtes, Germains, Gaulois, Daces, Traces, Macédoniens, Lusitaniens, voire même Numides ? Ces derniers se livrant plutôt à du petit commerce de parures de fantaisies et de bimbeloterie. 

Il semble qu’il y ait un peu de relâchement dans la discipline de la Légion. Certains centurions, en ce jour de petites pluies éparses, ayant adopté des chaussures fantaisistes en lieu et place de leurs galigae de cuir clouté. S’ils paraissent au repos, ils n’en sont pas moins très serviables avec les représentants de tous les peuples qui viennent porter leur tribut à la capitale de l’Empire. Ils se prêtent très volontiers à une petite cérémonie au cours de laquelle ils posent à côté d’un de ces allogènes pendant qu’un autre leur tire le portrait. Est-ce un moyen d’arrondir leur solde de quelques sesterces ? Est-ce toléré par César ? L’Empire n’aurait-il plus les moyens d’entretenir son armée ? Eh bien non, ce n’est pas toléré par César et, en avril dernier [1], César s’est fâché. Il a envoyé sa police contrôler ces centurions qui ne disposent pas d’une licence les autorisant à exercer ce petit boulot annexe. Le contrôle a dégénéré en bataille entre centurions et policiers. Il semble que les légionnaires n’aient pas utilisé les fameuses règles stratégiques qui ont fait leur gloire mais seulement une bousculade plus ou moins agrémentée d’horions. L’échauffourée aurait fait un blessé léger parmi les légionnaires romains. Le maire de Rome, Gianni Alemanno, membre du « Peuple de la Liberté » du bateleur de foire Berlusconi, ex membre du parti fasciste Mouvement « Social » Italien, n’a rien voulu entendre. « Dura lex, sed lex » (« La loi est dure, mais c’est la loi ») aurait-il déclaré, en s’efforçant de paraître impérial, mais n’est pas César qui veut. Il est vrai que ce Disneyland au pied du Colisée n’est pas très heureux, mais il serait plus judicieux de lutter contre les causes de ces petits boulots (spéculation, corruption, mafia, désindustrialisation, chômage), plutôt que de s’attaquer aux victimes de la crise [2].

En faisant le tour du Mont Palatin à main droite, on débouche sur la place de la Porta Capena. C’était une des portes de l’antique muraille servienne, plus ancienne et plus petite que la muraille aurélienne. La porte était située en face de l’immeuble de la FAO et il en subsiste un gros massif de briques envahit par la végétation. De la porte Capena partaient, ensemble, les voies Appia et Latina qui se séparaient un peu plus loin à l'actuelle Piazza Numa Pompilio, à droite la via Appia et, à gauche, la voie Latina, qui toutes deux mènent à Capoue. 

Un monument a disparu du paysage : la stèle géante d’Axoum (ou Aksoum). Elle avait été érigée au sein de l'empire aksoumite (Éthiopie) qui s’est développé entre le Ier et le VIe siècle de notre ère [3]. Pillée sur les ordres de Mussolini, elle avait été érigée devant le ministère de l’Afrique italienne (aujourd’hui occupé par la FAO), entre deux sites antiques prestigieux, le cirque Maxime et les thermes de Caracalla [4]. Son installation fut célébrée le 31 octobre 1937 pour commémorer le quinzième anniversaire de la marche sur Rome. Cet événement s’ajoutait aux célébrations du bimillénaire d’Auguste lequel avait importé les quatre premiers obélisques de Rome. La stèle géante d’Axoum, un monolithe brisé en cinq morceaux et âgé environ de 1 700 ans, pèse 160 tonnes et mesure 24 mètres de haut. Après-guerre, le traité de paix signé par l’Italie en 1947 prévoyait que les pièces du patrimoine éthiopien qui avaient été pillées lui seraient rendues ce que les gouvernements italiens firent à contre cœur et en traînant des pieds. Finalement démontée en mars 2003, la stèle devra encore attendre 2008 avant de faire le voyage de retour et être remontée sur son lieu d’origine. Il aura donc fallu attendre plus de 60 ans pour que l’Italie respecte ses engagements.


[1] 2012.

[2] Gianni Alemano perdra les élections de 2013. Soupçonné de corruption pour connivence avec la Mafia et avoir reçu 125 000 euros, il a été condamné en première instance à six ans d'emprisonnement en 2019.

[3] UNESCO. Liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité. « Axoum ». 1980. Une stèle présente deux larges faces principales et deux plus petites sur les côtés.

[4] Eloi Ficquet.  « La stèle éthiopienne de Rome - Objet d’un conflit de mémoires ». Cahiers d’Études Africaines. N°173/174. 2004.