Temple du Shiva Nataraja - Représentations de Shiva - La danse cosmique de Shiva

 

Inde du Sud Tanjore

« M’enfermer dans cet austère asile du néant et du vide, pourquoi faire ? Plutôt continuer, comme toute ma vie, d’amuser mes yeux aux choses de ce monde, qui, si elles passent, sont au moins réelles un instant. Pour ceux qui ont vraiment aimé, l’idée de la destruction de la chair est une torture. (…) Non, il me fallait, comme dans le rêve des chrétiens, la continuation de mon être, intégral, intense, conscient, et séparé, capable de retrouver ceux que j’aimais, et de les aimer encore. Sans cela, à quoi bon ? »[1].

Le temple du Shiva Nataraja de Chidambaram est entouré de quatre enceintes concentriques qui protègent l’objet central du culte, non pas un linga, pour une fois, mais une statue de bronze représentant la danse cosmique de Shiva.

Des trois dieux de la Trinité hindoue, Shiva est celui qui est le plus difficile à comprendre pour un Européen tant nous sommes préoccupés par la permanence, alors même qu’il est le plus vénéré en Inde du Sud. Shiva est la personnification de la force centrifuge, de la tendance vers la dispersion, la désintégration. Tout ce qui est né doit mourir ; tout ce qui existe doit cesser d’exister, doit se dissoudre dans l’immensité. L’existence est seulement un stade dans un univers qui s’étend, c'est-à-dire se désintègre. Mais c’est de la destruction que l’existence renait à nouveau, c’est pourquoi Shiva est tout à la fois la fin et le commencement. Il est dieu de la mort et de la vie.

Le symbole le plus général de Shiva est le linga, ou phallus, et son pouvoir de manifestation est représenté par le linga inséré dans la yoni, l’emblème féminin. Toutefois, ce n’est pas le phallus qui est vénéré, mais celui dont le phallus est le signe, celui qui est à l’origine de la vie, Shiva. C’est pourquoi le linga est dressé dans la yoni car il féconde cette matrice. En conséquence, le plaisir est une expérience du divin et tout l’univers jaillit de la jouissance.

Shiva est représenté en blanc bien que, représentant la force centrifuge, la dissolution, il devrait être noir. Mais les deux tendances centripètes et centrifuges sont inséparables, la lumière et l’obscurité de même. C’est pourquoi Vishnou qui est fait de lumière est noir au dehors, alors que Shiva, qui est d’obscurité, apparait blanc. Shiva possède trois yeux qui symbolisent les trois sources de lumière qui éclairent le monde, mais aussi le passé, le présent et l’avenir. L’œil frontal, l’œil de feu, est celui de la perception transcendante, il regarde au-dedans. Shiva est identifié à l’état de sommeil profond. Tous les efforts pour appréhender ce qui est ou n’est pas, au-delà de l’existence, se rapportent à Shiva. Il est le maître du chiffre 5 : les 5 éléments, les 5 sens, les 5 races humaines. C’est pourquoi il est aussi nommé le dieu aux 5 visages. Sur son front, Shiva porte le croissant de lune, mesure du temps, des jours, des mois, symbolisant son pouvoir de création et de destruction. Le Gange coule de sa chevelure en broussaille représentant l’océan initial. Il est vêtu d’une peau de tigre qui est le symbole de l’énergie et du pouvoir de la nature.

Il possède quatre bras, symbole de la domination universelle sur les quatre directions de l’espace. Parfois, il est représenté avec dix bras, symboles des quatre directions de l’espace, mais aussi du zénith et du nadir, et de ses cinq visages. Ses quatre bras portent un trident symbolisant les trois fonctions de créateur, préservateur et destructeur ; l’épieu avec lequel il tue l’univers à la fin des âges ; l’arc pour aider les dieux et la hache de combat. Shiva porte un serpent autour de son cou, symbole des cycles du temps ou un collier de têtes de morts qui représente le pouvoir de destruction de Shiva mais aussi les cycles sans fin des âges. La monture de Shiva est un taureau, blanc comme neige, au corps massif et aux yeux doux, Nandi (Joyeux). Il personnifie la justice et la droiture ; il enseigne au monde la danse et la musique. Il est généralement représenté couché.

C’est par son éternelle danse cosmique que Shiva anime toute chose dans l’univers. Dans sa main supérieure droite, il tient le tambourin qui rythme la création ; de la main supérieure gauche surgit la flamme de la connaissance. La main inférieure droite accorde la protection aux êtres, et la gauche désigne la terre qui supporte la danse. Sous son pied droit, il immobilise le nain Mulayaka, symbole des passions humaines qui pourraient remettre en cause la création. La danse est effectuée dans un cercle de feu où se consument les passions.


[1] Pierre Loti. « L’Inde (sans les Anglais) ». 1903.