Entretien des salines - Préparation de noix de cajou - Moisson et battage du riz - Fabrication de cordes de coco...

 

Inde du Sud Salines

« En quittant le pays de Madura, pour remonter vers Pondichéry, vers le nord, on s’éloigne par degrés de l’humide région des grandes palmes ; leurs groupements ombreux s’espacent de plus en plus, cédant le sol à des herbages, des plantations, des rizières. Et peu à peu l’air devient moins lourd, l’eau se fait rare dans les campagnes, la terre semble altérée »[1].

La campagne dans les deux Etats est généralement un vrai plaisir pour les yeux : rizières verdoyantes, grandes palmes des vergers de cocotiers, bouquets serrés des cannes à sucre, puzzle complexe des théières.

En février, il est vrai, le paysage n’est pas toujours bucolique, une partie des sols est en attente de mise en culture et les herbes s’y développent mais, le plus exaspérant, c’est la dissémination des plastiques dans les champs !

Entre deux moussons, hommes et femmes s’activent partout. Dans une zone basse, d’un long estuaire qui permet la remontée de l’eau de mer, ils réaménagent les tables des salines, aplanissent à la houe, courbés, les pieds dans la boue, et dégagent les apports de limon qui sont venus surélevés progressivement le fond de la table. Ils récupèrent l’argile pour lisser les parois des canaux d’amenée d’eau et les rendre imperméables.

Ailleurs, en bord de route, c’est une femme et ses enfants qui préparent des noix de cajou. Les coques sont chauffées dans des chaudrons dont les enfants surveillent le feu, puis mises à refroidir et décortiquées manuellement par la mère en brisant la coque carbonisée sur une pierre. Les noix décortiquées sont alors placées dans de petits sachets qui sont vendus aux voyageurs.

Plus loin encore, ce sont des paysans qui moissonnent le riz à la faucille. Le dos cassé, d’une main ils saisissent les tiges de plusieurs pieds de riz et, de l’autre, ils en coupent les tiges. Ils en font ensuite de petites gerbes qu’ils posent régulièrement sur le champ pour les laisser sécher ; d’autres ramassent les gerbes et les portent sur leur tête pendant que les femmes glanent les épis et les grains tombés au sol.

Dans un village, c’est une batteuse tractée qui est arrêtée en bord de route. Une douzaine de personnes s’active autour de la machine, la tête couverte d’un foulard, cachant parfois le visage, pour essayer de lutter contre la poussière de paille de riz qui s’insinue partout. Préalablement soigneusement alignées sur une aire dégagée, à côté de la batteuse, les gerbes de riz sont portées au fur et à mesure sur le convoyeur au sommet de la machine. Comme la batteuse est assez haute, ses roues ont été démontées pour l’abaisser et, posées à plat au sol, elles servent de rehausseur pour l’homme chargée de disposer les gerbes sur le convoyeur. La paille tombe en vrac sur le bas-côté de la route, empiétant aussi largement sur la chaussée. Les grains, ramassé dans une bassine en bas de la batteuse, sont ensuite étalés sur le chemin goudronné qui traverse le village, pour sécher au soleil.

Dans un autre village, c’est un équipement de fabrication de cordes de fibres de coco qui est installé. Les « bourres » de la noix de coco sont détachées de la noix, mises en un énorme tas, lequel est arrosé constamment par une femme. L’arrosage au soleil doit permettre aux bactéries d’attaquer la gomme qui soude les fibres entre elles. Elles sont alors battues et triées mécaniquement puis mises sur un convoyeur qui les dispose en long, enfin tordues et tressées, pour faire des cordes de coco.

Si la mécanisation apparait dans les villages avec les batteuses, voire les moissonneuses-batteuses, une grande partie des travaux agricoles reste effectuée manuellement, à la houe et à la faucille, ou en culture attelée pour les labours. Les travaux ruraux sont durs, pénibles, et tous y participent même si les femmes ont surtout pour rôle de s’occuper de la maison, des enfants et de la nourriture de la famille.


[1] Pierre Loti. « L’Inde (sans les Anglais) ». 1903.