Des plastiques qui polluent villes et campagnes - Mais aussi des déchets ménagers, artisanaux, industriels... sans parler des déchets toxiques des pays du Nord !

 

Inde du Sud Pondichéry 2

« Croâ ! Croâ ! Un corbeau m’éveille, saluant de son cri affreux l’aube prochaine, donnant le premier signal à tous ses pareils, mangeurs de pourriture, qui dormaient par milliers dans mes alentours »[1]

Comme dans toute société rurale, les déchets ménagers, rares et essentiellement organiques, étaient jetés sur des tas où ils étaient mangés par des animaux, corbeaux et vaches notamment, puis ils se décomposaient. Cette habitude de jeter est restée chez les anciens ruraux, nouveaux habitants des villes… Mais depuis sont apparus le verre, les boites de métal, fer puis aluminium, et surtout toutes sortes de plastiques, sacs, emballages, contenants…

Et là, malgré leur bonne volonté, corbeaux et vaches ont dû déclarer forfait ! Pire, les corbeaux, ou Corneille de l'Inde (Corvus splendens), qui importunaient tant Pierre Loti, apparaissent désormais moins nombreux (victimes de la pollution ?) et assurent beaucoup moins bien leur fonction de nettoyage.

Comme l’habitude de jeter n’importe quoi n’importe où s’est conservée (par exemple de son balcon dans la rue en dessous), les plastiques finissent par tout envahir, rues des villes, fossés des routes, lits des ruisseaux, rivières et fleuves, et se dispersent dans les champs, les arbustes et taillis des zones agricoles.

Pour la petite histoire rappelons, qu’à Paris, l’usage de récipients pour y déposer ses déchets ménagers ne date que de 1883 ! Et encore, il fallut attendre jusqu’à la seconde guerre mondiale pour que l’utilisation en soit d’un usage courant dans toutes les villes françaises. C’est le même homme, le préfet Eugène Poubelle, qui imposa, en 1894, le raccordement des immeubles parisiens au tout-à-l’égout suite à l’épidémie de choléra de 92, soit il y a à peine plus d’un siècle.

Dans les villes indiennes, il semble exister des services assez sporadiques de nettoiement, passant dans les rues avec des charrettes à bœufs pour ramasser les tas d’ordure. A moins que ce ne soient des systèmes informels de travailleurs non déclarés qui récupèrent et trient les déchets comme c’est bien souvent le cas dans les pays du Sud ? Le plus gros problème, ce sont les plastiques, difficiles à trier, d’autant qu’ils sont de natures différentes (polyéthylène, polypropylène, polystyrène, chlorure de polyvinyle, polycarbonate, polyamide…) lesquels sont brulés avec des dégagements de gaz volatils dangereux (chlorure d'hydrogène, hydrocarbures fluorés…).

L’efficacité de la collecte des déchets ménagers en Inde (systèmes formel et informel confondus) est estimée à 70% dans les métropoles et 50% dans les villes moyennes[2]. Là encore, le Kerala apparaît le plus soucieux de son environnement avec la pose de panneaux, accompagnés de dessins humoristiques, pour inciter les habitants au dépôt de leurs ordures dans les lieux affectés.

Mais bien sûr, il est très insuffisant de ne s’intéresser qu’à la pollution par les déchets ménagers. En réalité, le problème de la pollution en Inde est bien plus grave avec les pollutions générées par les transports et les entreprises industrielles. Avec un score de 3,72 sur 100, l’Inde arriverait en dernière position, derrière le Bangladesh noté 13,66, dans le classement concernant la qualité de l’air de 132 pays ! Il semble que ni les industriels, ni l’Etat, ne soient très soucieux des conditions environnementales de production.

Pire encore, les autorités nationales laisseraient entrer près de 1 million de tonnes de déchets toxiques par an dans le pays : quatre-vingt-dix pour cent de ces résidus venant des pays développés. Tout le monde se souvient de l’épisode calamiteux, en 2005, de l’ancien porte-avion de la marine française « Clémenceau » qui avait fait route vers le site d’Alang pour y être démantelé et désamianté dans des conditions environnementales lamentables (présence de métaux lourds, d’hydrocarbures, contamination microbienne…). Les chantiers navals d’Alang recycleraient néanmoins 50 % des navires démantelés dans le monde.


[1] Pierre Loti. « L’Inde (sans les Anglais) ». 1903.

[2] Ubifrance et les Missions Economiques. « La gestion des déchets en Inde ». 2010.