Une relation simple et spontanée - Dans laquelle l'étranger est aussi mis à contribution

 

Inde du Sud Dindigul Village d'Athor

Le contact avec les Indiens est particulièrement simple, chaleureux et nous déconcerte même par sa spontanéité.

Si l’on prend soin de faire comprendre que l’on souhaite prendre une personne, ou un groupe de personnes, en photo, il est extrêmement rare d’essuyer un refus. Au contraire, non seulement les personnes acceptent de bonne grâce, mais elles y prennent manifestement plaisir. Plaisir décuplé quand on montre ensuite la photo réalisée comme le permettent désormais les appareils de photographie. C’est généralement l’occasion de rires et de plaisanteries collectives.

Ce sont aussi les personnes elles-mêmes, croisées à l’occasion de la visite d’une ville, d’un palais ou d’un temple, qui peuvent manifester très simplement leur désir qu’on les prenne en photo alors que nous ne pensions pas nécessairement le faire : une petite fille dans un temple curieuse de savoir d’où l’on vient, un père particulièrement fier de son jeune fils lors de la visite d’une citadelle…

Mais nous ne sommes pas uniquement les preneurs de photos et les Indiens les « modèles », la situation s’inverse parfois totalement. Ce sont alors les Indiens qui souhaitent nous tirer le portrait, nous qui devenons les modèles et devons prendre la pose. C’est une petite famille, en promenade le dimanche, qui souhaite se faire prendre en photo avec nous, ou c’est une fête de mariage croisée incidemment dans une rue et pour laquelle il nous est demandé de figurer en photo et en vidéo avec les nouveaux mariés. Le tout très simplement et avec beaucoup de gentillesse. Les personnes rencontrées ne possèdent pas nécessairement d’appareil photo, mais des téléphones portables avec lesquels, comme nous, ils mitraillent abondamment.

Les Français, plutôt réservés dans leurs rapports avec des inconnus, avares de leurs bonjours et de leurs sourires, s’interdisant généralement d’adresser la parole à une personne qui ne leur a pas été présentée, sont étonnés que les autochtones s’adressent si facilement à eux et leur demande tout de go d’où ils viennent. Le plus généralement la conversation tourne court rapidement par suite de notre superficielle maîtrise mutuelle de la langue anglaise ! Tout juste avons-nous le temps de dire que nous venons de France en précisant la région. Mais cela semble laisser nos interlocuteurs plutôt dans l’embarras n’ayant certainement qu’une connaissance approximative de la géographie de la France et de ses régions, comme réciproquement nous-mêmes de l’Inde et de ses différents Etats.

Curieusement, ce sont donc les Indiens, qui seraient les plus contraints par des règles sociales rigides (castes, sous-castes, religions…), qui s’adressent le plus facilement aux étrangers européens, alors que ceux-ci, réputés plus libres de leurs mouvements, attitudes et opinions, sont finalement les plus « coincés » ! Ce qui souligne, s’il en était besoin, que dans toutes formes de sociétés, des règles sociales s’imposent entre individus, règles sociales éminemment variables, dans le temps et dans l’espace, comme il se doit !

« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà »[1]

« Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au-delà »[2].

Mais la contradiction n’est peut-être que superficielle. L’étranger est « autre », en dehors de tous les systèmes rigides qui régissent ma société puisqu’il vient d’un ailleurs dont on sait seulement que les règles sociales y sont différentes. En queqlue sorte, ce que "je" ne peux pas faire vis-à-vis de mes compatriotes par suite des conventions sociales, "je" peux donc le faire avec des étrangers car cela ne portera pas à conséquence.


[1] Blaise Pascal. « Les pensées ». 1669.