Les Cardamoms - Les théières de Munnar - le groupe industriel Tata

 

Inde du Sud Munnar champs de thé

Le passage de l’Etat du Tamil Nadu à celui du Kerala par la ville de Munnar est absolument fantastique. La chaîne des Ghâts, qui se déroule le long de la mer d'Arabie sur 1 600 kilomètres, se termine dans le Sud de l’inde par les Cardamom Hills. La crête de ces collines forme la frontière entre le Kerala et le Tamil Nadu. Côté Tamil Nadu la route est abrupte et sinueuse, s’accrochant à la falaise, car l’on passe brutalement d’une altitude 350 mètres à un col de montagne situé à plus de 1 800 mètres. Une fois le col passé, la descente est alors douce vers Munnar puis Cochin. La région est couverte de magnifiques plantations de thé entre 1 600 et 1 800 mètres d’altitude.

Une grande partie de ces plantations appartient à la « Tata Global Beverages Limited », filiale du groupe industriel du magnat indien Tata : automobiles, communication, technologies de l'information, ingénierie, matériaux de construction, services, énergie, produits de consommation et produits chimiques, présent dans 80 pays sur les six continents.

Pour permettre d’informer le public sur la culture du thé, la « Tata Global Beverages Limited » a ouvert un musée dans le domaine de Nallathanni, à Munnar. A l’exception de la présentation d’un film sur la filière de production du thé, la visite est plutôt décevante, d’une part parce que le musée est un peu fourre-tout en présentant de vieux appareils de téléphone, des téléscripteurs, des massacres d’animaux sauvages (sans aller toutefois jusqu’aux ratons-laveurs), mais aussi parce que la chaîne de transformation du thé qui est présentée est une chaîne « pédagogique », avec des matériels plus anciens et ne fonctionnant que lors du passage des visiteurs. Ce n’est pas une chaîne de production réelle, en fonctionnement, avec ouvriers et ouvrières en action, permettant d’observer les méthodes, les gestes et les conditions de travail.

Autre déception : l’impossibilité de goûter à des thés différents comme nous avions pu le faire dans les plantations de thé sri-lankaises. Il est difficile d’apprécier la qualité des thés produits ici, d’une part parce que les feuilles de thé de la chaîne « pédagogique » correspondraient plutôt à des thés de qualité quelconque (bourgeon terminal avec trois feuilles ou plus, ramassés avec une étrange paire de ciseaux à réservoir) et parce que la « dégustation » offerte à l’issue de la visite était un thé au lait, très sucré, dans un gobelet en plastique !

Il semblerait que ce n’est pas dans le Kerala que sont produits les meilleurs thés indiens. C’est du Nord que proviennent les Darjeeling qui seront très largement exportés. Les thés produits à Munnar sont des thés noirs, plutôt légers, de consommation courante ; l’usine de Munnar est en effet la plus grande unité mondiale de production de thé instantané installée en dehors des Etats-Unis[1].

Je ne sais pas d’ailleurs si les Indiens sont de grands amateurs de thé. Certes, l’Inde est le premier producteur de thé au monde ainsi que le premier pays consommateur (le ¼ de la production mondiale !). Néanmoins, compte-tenu de l’importance de la population indienne, la consommation moyenne n’est que de 700 g par habitant et par an, beaucoup plus que les Français il est vrai (230 malheureux grammes), mais beaucoup moins que les Britanniques (2 600 g !) ou que les Irlandais (3 170 g). D’autre part, les Indiens boivent du thé noir, avec du lait, du sucre et des épices comme la cardamome par exemple. Ce qui n’est pas la meilleure manière de goûter ce breuvage.

Rassurons-nous, Tata n’a pas dû faire une mauvaise affaire en investissant massivement dans le secteur du thé car, avec l’augmentation de la population indienne, le développement des couches moyennes et l’élévation de leur niveau de vie, la consommation de thé en Inde est certainement promise à un très bel avenir !

La méthode de management « Tata » dans ses plantations de thé ressemblerait assez à la méthode « Michelin » : habitation Tata, école Tata, dispensaire Tata, hôpital Tata. Avec les avantages et les inconvénients d’une formule paternaliste : une mise à disposition de services sociaux aux employés de Tata bien supérieure à ce qu’elle est pour le reste de la population mais évidemment on peut penser, qu’en retour, les « mauvaises têtes » ne doivent pas faire long feu dans le dispositif.


[1] Voir le site Wikipedia sur l'entreprise Tata (en anglais).