Cochin, centre du commerce des épices - Une urbanisation débridée

 

Inde du Sud Cochin

« Là, c’est d’abord Matanchéri, la ville indienne marchande, aux milliers de maisonnettes dans la verdure ; elle communique par une baie avec la grande mer, et des barques innombrables y sont en mouillage, barques d’autrefois, à voiles, à mâtures étranges, qui n’ont pas cessé des sillonner la mer d’Arabie, de commercer avec Mascate, d’aller jusqu’au fond du golfe Persique et à Bassorah, porter les épices et les graines. Et enfin, tout au loin, c’est l’antique Cochin des Portugais et des Hollandais, aujourd’hui passé à d’autres maîtres, qui possède un port où les navires modernes viennent souffler leurs fumées noires »[1].

Encore un confetti d’empires…

Mais au pluriel s’il vous plaît ! Car Cochin est passé dans plusieurs mains. Après l'arrivée de Vasco de Gama, les râja de Cochin, se montrent plutôt favorables aux Portugais et les autorisent à installer un comptoir en 1500. En 1544, saint François-Xavier y installe même une mission. Le développement de la ville, grâce au commerce des épices, attire toutes les convoitises, celle des Hollandais tout d’abord qui arrivent sur la côte de Malabar en 1595 et finissent par prendre le contrôle de la ville en 1663. Les Britanniques s'en emparent ensuite en 1795 et les Pays-Bas cèderont finalement Cochin au Royaume-Uni en 1814.

Cochin était le centre indien du commerce des épices depuis la plus haute antiquité puisqu’elle était déjà connue des Grecs et des Romains. Mais elle commerçait aussi avec les Juifs, les Arabes et les Chinois.

En 1947, lorsque l'Inde a obtenu son indépendance, Cochin a été le premier État princier à rejoindre volontairement l'Union indienne. En 1949, les deux anciens Etats princiers de Cochin et du Travancore ont été fusionné, puis, en 1956, l’adjonction du district de Malabar aboutit à former l’Etat du Kerala. Cochin, aujourd’hui Chenai, est la capitale et la ville la plus peuplée de l'État du Kerala avec 600 000 habitants, mais plus de deux millions si l’on compte l’ensemble urbain.

L’Inde est certes encore un pays essentiellement rural (72%), mais les choses changent vite, l’exode rural s’amplifie, les mégapoles se multiplient. Or, aujourd’hui, seuls 70% des déchets ménagers urbains sont collectés, 24% de la population urbaine est logée dans des bidonvilles, les embouteillages sont monstrueux.

Dans vingt ans, une étude prévoit que, si le rythme des investissements ne s’accélère pas, 70 à 80% des eaux usées du pays pourraient ne pas être traitées, ainsi que 20% des ordures ménagères, soit 80 millions de tonnes de déchets chaque année ! Bangalore, Mumbay, (mais 12 villes indiennes seraient aussi concernées) réalisent des travaux pharaoniques pour construire des lignes aériennes de métro urbain, mais cela suffira-t-il à gérer les déplacements de la population alors que, manifestement, la croissance des villes n’a pas été maîtrisée, leur expansion n’a pas été planifiée.

Les villes indiennes apparaissent peu attrayantes : trop de monde, trop de circulation, trop de publicités, trop de vendeurs, trop de bruits, trop de déchets, trop d’odeurs… Les villes indiennes nous apparaissent comme les villes des superlatifs. Notre difficulté à comprendre la ville, à l’accepter est du même ordre que notre difficulté à comprendre l’architecture et la décoration des temples hindouistes. Un Européen, et un Français tout particulièrement (déjà tellement réticent vis-à-vis de l’art baroque), recherche l’ordre, la symétrie, les perspectives, la régularité, la mise en évidence d’éléments individualisés, là où, en Inde, c’est le grouillement de la vie, la multiplicité, l’impermanence, le renouvellement, la transformation des choses et des êtres, qui sont mis en avant.

La vieille ville de Cochin, comme la vieille ville de Pondichéry, constituent alors des rappels de la ville européenne : perspectives, existence de trottoirs, commerces peu fréquents, publicités réduites…


[1] Pierre Loti. « L’Inde (sans les Anglais) ». 1903.