Le baroque à Rome - Sainte Bibiane, à ne pas manquer malgré un environnement un peu déprimant

 

Rome Esquilin Santa Bibiana 3

Le baroque est généralement associé au mouvement de la contre-réforme, aussi quelques repères historiques sont-ils nécessaires pour pouvoir positionner les différents monuments, les uns par rapport aux autres, dans un mouvement historique, économique, social et culturel. Au début du XVIIe siècle, la France est gouvernée par un Roi « très catholique », Henri IV ! La bataille de la Montagne Blanche, près de Prague, en 1620, consacre la victoire des armées autrichiennes, catholiques, sur celles du roi de Bohême, protestantes. Cette date est généralement considérée comme le début du mouvement de la Contre-réforme en Bohême, puis en Europe, et donc du mouvement artistique qui l’accompagne, le Baroque. Par ailleurs, les grands traités d’architecture sont déjà diffusés, les quatre livres d’architecture de Palladio l’ont été en 1570, l’ouvrage de Vignole sur les cinq ordres d’architecture en 1562 et sur les règles de la perspective pratique en 1583. 1620 est donc plus une date symbolique qu’un repère historique où l’histoire de l’art aurait été révolutionnée.

Le baroque à Rome, c’est une aventure ! Aussi, par simplicité est-il possible de s’intéresser aux deux artistes les plus représentatifs de cette période à Rome, à ma droite, Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin pour les Français, né à Naples en 1598, mort à Rome en 1680 et enterré à Sainte-Marie-Majeure, et, à gauche, Francesco Castello, dit Borromini, né à Bissone (province de Lugano) en 1599, mort à Rome en 1667 et enterré à Saint-Jean-des-Florentins.

De la gare de Termini, faisons un petit détour vers une pauvre église bien oubliée alors qu’elle connut son heure de gloire. Elle mérite votre visite car c’est une des premières œuvres du Bernin. Elle est située le long des voies de la gare de Termini, coincée entre deux bâtiments industriels, la haute tour d’un château d’eau et la voie du tramway, dans un environnement bien peu poétique. C’est Santa Bibiana, une modeste église précédée d’un jardinet fermé par une grille. Elle possède une haute façade présentant, au-dessus de la porte d’entrée, un balcon. Elle est généralement ouverte pour les offices en matinée et pour les vêpres le soir.

Sainte-Bibiane aurait vécu au milieu du IVe siècle. Elle était la fille d’un officier qui aurait été dégradé et privé de ses biens parce que chrétien. Marqué au front par un fer rouge, comme pour un esclave, il fut relégué hors de Rome et mourut de misère. Jeune fille, Bibiane aurait été livrée à une femme chargée de la débaucher et de lui faire abjurer sa religion. Ayant échoué, le préteur Apronien fit attacher Bibiane à une colonne où elle fut battue à coups de cordes plombées jusqu'à ce qu'elle succombât. Son corps fut ensuite jeté dans la rue pour être mangé par les bêtes, mais aucune d'elles ne s'en approcha. Un petit sanctuaire aurait été construit au Ve siècle sur le lieu de son supplice, remanié en 1220. Urbain VIII Barberini (1568 / 1644) fit édifier une nouvelle église, en 1626, pour accueillir les reliques de la sainte.

La façade a été dessinée par Le Bernin alors âgé de 26 ans. Plus qu’à une façade d’église cela ressemble d’ailleurs plutôt à celle d’un petit palais avec, en rez-de-chaussée, une loggia décorée de pilastres et, à l’étage, des fenêtres. Malgré sa petite taille, elle est rendue dynamique par l’imposant fronton brisé de la travée centrale qui domine une fenêtre en retrait. Si ce n’était les forts reliefs des éléments de la façade (pilastres, corniches, fronton), très accentués, ce pourrait être une œuvre de la période maniériste de la Renaissance.

A l’intérieur, la nef comporte une double rangée de colonnes récupérées sur quelques temples antiques. Elle est décorée de fresques représentant l’histoire de Sainte-Bibiane par Pierre de Cortone (1596 / 1669) et Augustin Ciampelli. Derrière l’autel, une statue de Sainte-Bibiane (1626) est également l’une des premières œuvres du Bernin.

« Statue d’une beauté achevée et le première classe parmi les modernes »[1].

Sainte-Bibiane est représentée appuyée sur la colonne où elle a été martyrisée. Droite, sans posture de contrapposto[2], elle lève la main droite, paume ouverte, alors que la main gauche tient la palme des martyrs et retient les plis de sa tunique sur la cuisse. Bref, la pose est assez simple, plutôt statique, ce qui explique certainement pourquoi De Brosse l’apprécie tellement.


[1] Président De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.

[2] Mot italien désignant l'attitude d'une figure appuyée sur une jambe, l'autre étant légèrement fléchie. 

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans la Rome baroque

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