Autre joyau, mais signé Le Bernin – Des annexes aux décors somptueux

 

Rome Monti Suburra San'Andrea al Quirinale 3

En sortant de l’église San Carlo alle Quattro Fontane prenons, à gauche, la longue via XX Settembre en direction de l’obélisque placé devant le palais du Quirinal.

Sant’Andrea al Quirinale (1658 / 1670) est une œuvre pour laquelle Bernini aurait toujours manifesté quelque complaisance. Il la considérait, dit-on, comme son chef d’œuvre. Elle a une façade sobre, au centre de laquelle un portique encadré de deux massifs pilastres d’ordre géant est surmonté d’un fronton triangulaire. Ce portique, très palladien dans ses formes, est précédé d’un pronaos en saillie, semi circulaire, appuyé sur deux colonnes rondes, aux plinthes et chapiteaux placés de biais, et souligné par un large escalier de plusieurs marches semi-circulaires. Ce porche aux formes arrondies casse et adoucit la rigueur des lignes droites du portique.

La disposition de l’édifice reprend celle de Santa Agnese in Agone(1653 / 1657), une œuvre de Borromini, à savoir un édifice de forme ovale dont l’axe longitudinal est parallèle à la rue. En conséquence, l’entrée et l’autel sont placés en opposition sur le plus petit axe. Sur cette nef ovale s’ouvrent des chapelles latérales. L’autel est lui même situé dans une niche semi-circulaire, éclairée par une coupole zénithale cachée selon la technique utilisée dans la chapelle Cornaro. La nef est couverte d’une vaste coupole à nervures et caissons. La richesse du décor, où alternent pilastres cannelés et ouvertures à arcades semi-circulaire des chapelles, est soulignée par les marbres roses des murs, les marbres polychromes des sols et la dorure de la coupole. L’ensemble est d’une très grande rigueur dans l’équilibre des formes droites et courbes qui se compètent avec dextérité. Ce serait parfait si une profusion d’angelots joufflus, voltigeant dans la coupole, n’ajoutait un élément de perturbation dans ce très bel ensemble. Bien sûr, ils ne manquent pas de faire penser à la profusion extraordinaire des décors des églises baroques d’Allemagne du Sud ou de Bohême.

A Sant’Andrea al Quirinale, comme à San Carlo alle Quattro Fontane, il ne faut pas hésiter à aller dans les coins ! Au fond à droite, un couloir mène à une petite pièce où un gardien surveille, par vidéo, les allers-et-venues des visiteurs et vend quelques cartes postales et souvenirs. Mais, désormais (2014) il est aussi chargé de vous vendre des billets d’entrée, à un prix très modeste, pour la visite de la sacristie et de la pièce qui abrite les reliques de Stanislas Kotska.

Le décor baroque de la sacristie est d’une richesse impressionnante. Boiseries sombres sur les murs avec pilastres, colonnes, colonnades, puis une décoration du haut des murs et du plafond toute en trompe-l’œil avec médaillons, cartouches, draperies, guirlandes de fleurs, anges et putti virevoltants. Les fresques du plafond de la sacristie auraient été dessinées par le Bernin (et son atelier ?). Le tableau de la sacristie, « L’Assomption de Marie » est une œuvre du frère jésuite Andrea Pozzo (1642 / 1709), géomètre, architecte et peintre, grand spécialiste de la peinture de perspectives impressionnantes en décoration murale.

Au premier étage, vous pouvez accéder à la pièce dans laquelle est décédé Stanislas Kotska (1550 / 1568). Celui-ci appartenait à une famille noble, catholique, de Pologne. A 14 ans, il est envoyé au collège jésuite de Vienne où il fait preuve d’une grande piété. Malgré l’opposition de son père, en 1567, il décide de devenir novice dans la Compagnie de Jésus, un nouvel ordre fondé en 1540. Il s’échappe, à pied, faire son noviciat à Rome où il meurt peu de temps après. Stanislas Kotska est le premier jésuite à être béatifié en 1602 et canonisé en 1726[1], un temps où la Compagnie de Jésus était en pleine ascension de sa puissance. Une sculpture en marbre polychrome (1700), de Pierre Legros, représente, en taille réelle, le jeune homme mort, couché sur son lit. Son habit, celui des novices de la Compagnie, est en marbre noir. La tête, les mains, les pieds et les oreillers sont en marbre blanc ; la couverture du matelas est en marbre jaune de Sienne. L'effet est théâtral comme on aimait à le faire à la période baroque. « Ne dirait-on point qu’il dort ? »[2].


[1] Pour les incultes, comme moi : « Les deux actes de béatification et de canonisation se distinguent par le degré d'extension du culte public. Celui du bienheureux est limité à une zone prévue par le Saint-Siège. Celui de saint est autorisé voire prescrit partout dans l'Église universelle ». Conférence des Evêques de France.

[2] Georges Brassens. « La fessée ».