La loggia majestueuse du palais Falconieri offre une vue imprenable sur le Tibre - Comment faire paraître plus grand ce qui est petit ?

 

Rome Regola Palais Spada

Dans le dédale des rues étroites moyenâgeuses de l’ancien Champ de Mars romain, je me dirige vers le Tibre, sur le lungatovere dei Tebaldi d’où l’on peut apercevoir la loggia du palais Falconieri, édifiée en 1646 par Borromini.

Cette loggia majestueuse est construite au dessus des trois étages du palais. Elle tranche avec celui-ci à la fois par sa taille (sa hauteur est au moins égale aux deux étages précédents), par ses matériaux, une pierre blanche (du tuf ?) alors que la façade est revêtue d’un enduit jaune, et par sa composition riche alors que le palais est très sobre. Les trois arcades de la loggia s’ouvrent par des baies serliennes, encadrées de demi-colonnes, d’un modèle voisin du palazzio della Ragione de Palladio à Vicenze. L’ensemble est surmonté d’une corniche fortement saillante, à ressauts, et d’une balustrade à protomés[1] de femmes.

A quelques pas de là, il ne faut pas manquer le palais Spada (1540), restauré par Borromini, avec notamment sa fameuse « perspective » (Galleria Prospettica de 1660). Cette galerie, devait permettre de relier une cour intérieure à un minuscule jardinet que venait d’acquérir la famille Spada dans le pâté de maison voisin. Borromini traite l’ensemble en trompe l’œil afin d’allonger un couloir très court (9 mètres). Ce couloir est encadré par quatre ensembles successifs de trois colonnes, déterminant autant de voûtes en caissons et des ouvertures latérales. Ce jeu d’éléments successifs, ainsi que le sol en pente et le rétrécissement progressif du couloir, permettent de faire croire à une grande profondeur de l’ensemble : quatre fois plus grande qu'elle n'est en réalité.

Cet effet de perspective est encore accentué par la clarté qui tombe dans le petit jardin et par une sculpture antique (représentant Mars, Mercure ?) placée contre le mur et qui ferme ainsi le jardin. Il paraît, qu’autrefois, ce mur était lui même peint pour donner l’impression que le couloir se poursuivait plus loin encore.

L’ouverture sur la première cour est d’environ de deux mètres de large et de cinq mètres de haut sous la voûte en berceau. Le guide, qui a seul le droit de parcourir la perspective, semble grandir au fur et à mesure qu’il y pénètre. Placé en sortie de perspective, il lui suffit de lever le bras pour toucher la voûte. S’il se place à côté de la statue du jardinet, celle-ci qui nous apparaissait de taille humaine, se révèle avec son socle lui arriver seulement à la taille !

L’idée sera copiée par Bernini à la Scala Reggia (1664 / 1666) au palais du Vatican. Il devait juger l’idée pas si « gothique ». Quant à Stendhal, pas un mot dans ses « Promenades dans Rome ». Lui devait certainement juger l’idée saugrenue, décadente, tout au plus un amusement pour foules ignorantes.

Qu’il s’agisse de la « Transverbération » de sainte-Thérèse-d’Avila, du campanile deSant’Andrea delle Fratte, des escaliers du palais Barberini, de la structure de Sant’Ivo, de la fontaine des fleuves ou de la fausse perspective du palais Spada… Bernini et Borromini sont toujours à la recherche de solutions innovantes, utilisant des formes mouvantes, complexes, généralement courbes ou spiralées, pour tenter de saisir la lumière, le mouvement, la vie. Ce qui caractérise le baroque romain, ce n’est pas nécessairement l’opulence des décors comme on se plait trop souvent à le croire en France, mais sa formidable inventivité dans les formes. Mais il ne s’agit pas non plus d’inventivité pour elle-même, mais bien pour l’artiste de chercher à susciter l’imagination, l’émotion, au service d’une idée, d’une morale, pour la gloire d’une religion.

Dans d’autres pays, Bavière, Bohême, Autriche, Espagne et Portugal, la profusion des décors a parfois eu tendance à faire passer au second plan les inventions architecturales (par exemple à la basilique de Vierzehnheiligen de Balthazar Neumann), ou même elles ont été tout simplement ignorées au rpfit d’une surenchère d’ornements.


[1] Protomés : éléments en saillie et décorés d’une balustrade.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans la Rome baroque

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