Le baroque en continuité des grands maîtres de la Renaissance - Mais aussi en rupture - Le baroque, un contemporain de l'invention de l'opéra

 

Rome Pigna Eglise du Gesu

Que le Baroque soit une catégorie mentale commode, certes, mais aux contours bien peu évidents. Bernini et Borromini sont aussi des artistes de la Renaissance italienne, dans la continuité des Michel-Ange et des Raphaël. Leurs modèles, leurs références, ce sont les monuments antiques et les grands maîtres de la Renaissance. Ils seraient certainement très surpris d’apprendre que nous les considérons comme les initiateurs d’un style nouveau. Le palais Barberini, Sant’Andrea al Quirinale, le Palazzo di Propaganda Fide, la colonnade de Saint Pierre, la Galleria Prospettiva du palais Spada sont inspirés de l’Antique et des canons artistiques du Palladio.

Le style « baroque » n’est pas né, comme Minerve, tout armé du cerveau de ces deux maîtres. Il est le résultat d’une longue évolution commencée notamment avec Michel-Ange et poursuivie dans le maniérisme. Un bon exemple en est l’église du Gesù (1568 / 1584) de Vignola, dont l’édifice sera terminé par Giacomo della Porta pour la façade et la coupole. Cette église est généralement considérée comme marquant le début du style « jésuite » ouvrant la voie à la Contre-réforme car son plan répondait aux recommandations du concile de Trente (1545 / 1563). C’est un plan en croix latine avec une large nef centrale couverte d’une voûte en berceau permettant au plus grand nombre de fidèles de suivre la célébration du culte. Dans les bas-côtés sont installées des chapelles votives. La croisée de la nef et du transept est couverte d’une coupole sur tambour couronnée d’un lanterneau, laissant largement pénétrer la lumière et éclairant l’autel. La façade enfin (1575 / 1576), encore assez « plate » devient néanmoins plus complexe, alliant formes droites (pilastres, entablement, frontons rectilignes) et courbes (volutes, colonnes, niches, frontons curvilignes), accentuant aussi les reliefs.

Néanmoins l’évolution artistique du Baroque est sensible. La Transverbération de Sainte-Thérèse, San Carlito, la fontaine de la Piazza Navona, Santa Agnese in Agone, Sant’Ivo alla Sapienza, la colonnade de la basilique Saint-Pierre sont des œuvres où le mouvement prime, où les lignes courbes viennent désormais « casser » les belles ordonnances Renaissance.

Mais si la frontière reste floue, comment et pourquoi définir une catégorie nouvelle, le Baroque ? A bien y regarder, qu’est ce qui caractériserait tous ces monuments, toutes ces statues, qui permettrait d’y retrouver une constance… des « invariants » comme l’on dit aujourd’hui ? C’est Dominique Fernandez qui donne la clef : la constante, c’est l’art de la scène ! Art de la scène dans le jeu des perspectives avec toutes ces coupoles aux formes différentes et complexes, San Andrea al Quirinale, San Carlo alle quattro fontane, la chapelle des Rois Mages, Sant’Ivo ; toutes ces façades en rideau de scène, Santa Agnese, la piazza Sant’Ignazio, la place Saint-Pierre ; tous ces décors de plateau, l’escalier de la Trinité des Monts, la chapelle Cornaro de Santa Maria della Vittoria, le couloir du palais Spada, les escaliers de la Scala Reggia, les plafonds du père Pozzo. « Qu’est-ce que le baroque, en effet, sinon la défaite du stable, du robuste, du permanent, devant l’instable, le précaire, le variable ? »[1]. L’art de la scène est éminemment fugace ce qui oblige à exalter les sentiments, les exagérer.

Poursuivons le jeu des similitudes de Dominique Fernandez entre œuvres architecturales et arts de la scène : la statue de la Transverbération de Sainte Thérèse date de 1647 / 1652, l’opéra « La Calisto » de Francesco Cavalli de 1651 ; la bien heureuse Ludovia Albertoni est de 1674, « Alceste ou le triomphe d’Alcide » de Jean-Baptiste Lully de la même date ; le palais Barberini a été construit de 1629 à 1633, « Il combattimento di Tancredi e Clorinda » de Claudio Monteverdi est de 1638 ; San Carlo alle Quattro fontane (1634 / 1667) est contemporaine d’« Il ritorno d’Ulisse in patria » (1641) toujours de Monteverdi ; la colonnade de Saint Pierre (1657 / 1665) d’ « Ercole Amante » de Cavalli (1662), etc.

L’opéra, art total, naît en Italie en même temps que l’art baroque. Là encore, il ne peut y avoir de hasard. Bernini n’était-il pas d’ailleurs aussi un grand organisateur des fêtes papales ?


[1] Dominique Fernandez. « Le voyage d’Italie – Dictionnaire amoureux ». 1997.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans la Rome baroque

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