Le Palais Montecitorio - Style "rocaille" - Grandeur et décadence du théâtre Capranica

 

Rome Colonna Palais Montecitorio

Derrière la place de la colonne de Marc Aurèle est située une autre petite place, la place Montecitorio du nom du palais qui la domine et qui est aujourd’hui occupé par la chambre des députés. L’histoire veut que cet emplacement fût, au Moyen-âge, une décharge laquelle finit par former une petite hauteur où s’installèrent des potagers. On y cultiva certainement des salades… Mais ce serait faire de l’antiparlementarisme que d’en déduite que le lieu était prédestiné à sa fonction actuelle.

En réalité, ce fut d’abord le lieu que choisirent les Ludovisi pour s’y faire construire un nouveau palais. Dessinée par le Bernin, sa façade, légèrement courbe, suivait la forme de la colline artificielle sur laquelle elle était dressée. Toutefois, compte tenu de difficultés économiques, les travaux furent arrêtés et repris trente ans plus tard, sous la direction de Carlo Fontana (1634 / 1714), pour Innocent XII Pignatelli (1691 / 1700) qui voulait y installer la Curie apostolique. C’est Fontana qui aurait rajouté ce « campenard »[1], cette espèce de clocheton disgracieux, avec une horloge et trois cloches dont la plus grande donnait les horaires aux écoles et édifices publics, et qui écrase cette magnifique façade.

Comme pour le palais Poli, situé derrière la fontaine de Trévi, il faut remarquer, à chaque extrémité de la façade, l’émergence de pierres brutes comme si des rocs anciens traversaient le mur qui aurait été bâti autour, ou comme si la nature brute reprenait ses droits sur une construction humaine.

Mais, ce n’est pas pour la chambre des députés que je fais le détour mais pour aller y voir un théâtre, un vrai, le théâtre Capranica. Laissons aux députés le soin de faire leur théâtre. Le théâtre a été construit par le Cardinal Domenico Capranica, au XVe siècle, dans sa résidence principale. Ouvert au public en 1679, les oeuvres des plus célèbres compositeurs italiens y ont été présentées, Scarlatti, Vivaldi, Albinoni… et les plus grands chanteurs y jouèrent, Farinelli, Caffarelli, Carestini… De Brosses garde le plus mauvais souvenir de la représentation de « Mérope », sans que l’on sache s’il s’agit de l’œuvre de Giacomelli ou du premier opéra de Scarlatti donné à Rome en 1740.

« J’étais mal assis ; il y avait une foule à étouffer ; les décorations n’étaient ni finies ni tendues ; on voyait les murailles de tous côtés, les violons ivres, les rôles mal sus, les acteurs enrhumés, une Mérope abominable, un Polyphonte à rouer de coups de canne »[2].

A contrario, dix neuf ans plus tard, Goldoni loue la qualité des acteurs du théâtre Capranica, les acteurs il est vrai, pas les chanteurs.

« Ce théâtre, qui depuis plusieurs années s’était dévoué à mes pièces, donnait, dans ce temps, ma comédie de Paméla. Cette pièce était si bien rendue et elle faisait tant de plaisir, qu’elle soutint toute seule le spectacle depuis l’ouverture jusqu’à la clôture, c’est à dire depuis le 26 décembre jusqu’à mardi gras »[3].

Le dernier opéra qui y fut joué était « Ernani » de Verdi, en 1881. Puis le théâtre a été fermé. Il a rouvert ses portes en 1922 comme salle de cinéma, jusqu’en 2000. Depuis, il fait partie d’un centre de congrès situé au sein d’un hôtel de luxe, l’Albergo Nazionale. La salle de huit cent places accueille désormais des conventions d’entreprises, des réunions, des soirées de gala, des défilés de mode. Grandeur et décadence du théâtre Capranica ! De Vivaldi, Goldoni et Verdi aux conventions d’entreprise… Décidemment, il y a quelque chose de pourri en république d’Italie. Les gestionnaires de l’établissement en ont d’ailleurs une conscience implicite, reconnaissant publiquement cette déchéance en dénommant l’ensemble « Capranichetta » !


[1] Campenard : mur vertical et généralement plat, placé en haut ou à l'avant d'un édifice pour recevoir des cloches.

[2] Président De Brosse. Lettres d’Italie. 1740.

[3] Carlo Goldoni. « Mémoires de Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre ». 1787.

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