La Via Lata - Les courses de chevaux sur le Corso - Les autres "amusements" de l'époque !

 

Rome Corso Gericault Course de chevaux

La voie qui traverse Rome, du Nord au Sud, existait donc déjà dans la Rome antique, c’était la Via Lata… La voie large ! Or, elle ne faisait pas plus de 10 mètres de large, car les rues de la Rome antique étaient très étroites et généralement sinueuses ! Ce qui est très étonnant quand on connaît les nombreuses ruines de villes fondées par les Romains aux rues parfaitement droites et strictement orthogonales.

La Via Lata sera rebaptisée « Corso » du fait des courses de chevaux qui s’y déroulaient pendant le carnaval à partir du pontificat de Paul II Barbo… celui qui fit construire le Palazzo Venezia. Le carnaval commençait le lendemain des rois, le 7 janvier, et se terminait huit jours plus tard avec la course de chevaux.

 « On fait dans ces mêmes jours (le carnaval) et dans ce même endroit, la course des chevaux barbes dont le vainqueur gagne une pièce d’étoffe d’or ou d’argent ; ces chevaux libres et sans guide, dressés à la course, irrités par les pointes de fer qui les piquent, et animés par les cris et les claquements de main du peuple, partent du plais de Saint Marc, et sont arrêtés à la porte de la ville où l’on adjuge le prix au premier arrivé »[1].

Géricault assiste, en février 1817, à la course. Passionné d’équitation, il exécute une vingtaine d’études sur le thème de la course romaine et peignit cinq esquisses représentant des « moza » (départ) et des « ripresa » (arrivée), à l’antique et en situation contemporaine, en nu et en habillé, en vue d’une composition qu’il ne réalisera jamais.

De douze à quinze chevaux faisaient la course, sans cavalier, décorés de plumes et d’aigrettes, avec la croupe garnie de balles de plomb et de piquants, avec des brandons d’amadou allumés sur les parties les plus sensibles du corps. Ils étaient amenés « décorés » ainsi, et donc très difficiles à maîtriser avant d’être lâchés dans le Corso. Le possesseur du cheval vainqueur gagnait une pièce d’étoffe… fournie par la communauté juive !

« C’est au prix de ce tribut qu’ils se sont rachetés, je ne sais sous quel pape, de l’infâme obligation où ils étaient de courir eux-mêmes, soit dans des sacs, soit chargés de cailloux, pour amuser le bon peuple de Rome ! »[2].

Les juifs auraient été ainsi régulièrement humiliés par les papes pour faire plaisir au peuple de Rome, les obligeant parfois à courir nus pendant le carnaval ! On ne peut pas dire que les souverains pontifes faisaient alors preuve de beaucoup de « charité chrétienne » comme princes des Etats de l’église. Outre les humiliations faites aux juifs, il était aussi de tradition que les réjouissances du carnaval soient ouvertes par l’exécution d’un condamné. Celui-ci devait être particulièrement satisfait du début de la fête ! Par ailleurs, toujours pour souligner l’exemplarité des peines, le chevalet était dressé dans le Corso pendant toute la durée du carnaval[3] !

Aujourd’hui, le carnaval de Rome se tient traditionnellement aux mêmes dates que celui de Venise, mi-février. Mais le cœur n’y est plus, les formes de de la distraction populaire ont changé. On regrette les masques, les offres de bouquets aux dames ou, à la rigueur, la chasse au haut-de-forme bien que le gibier doit être bien rare. On ne regrettera pas la course en sacs de juifs ou l’exécution publique de condamnés ! Aujourd’hui les festivités se concentrent plus sagement sur les défilés de personnages, de chars, du théâtre de rue, des courses de chevaux, des animations pour les petits.

En dehors des temps de Carnaval, le Corso était envahi, chaque fin d’après-midi, par les voitures des puissants, des ambitieux ou des aigrefins divers, pour se montrer, saluer ses connaissances et protecteurs, apprécier les jolies femmes et faire sa cour aux uns comme aux autres.


[1] Carlo Goldoni. « Mémoires de Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre ». 1787.

[2] Norvins, Charles Nodier, Alexandre Dumas. « Italie pittoresque, tableau historique et descriptif de l'Italie, du Piémont, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte et de la Corse ». 1836.