Les courses de chevaux et autres "amusements" d'antan !

 

Corso Pigna Géricault

En 1466, le pape Paul II Barbo (1464 / 1471), décida que les célébrations du carnaval auraient lieu dans la via Lata, de l'arc du Portugal (au droit actuel du palais Fiano) au Palazzo Venezia où il résidait. Il édicta les règles de la course de chevaux qui clôturait le carnaval et la Via Lata deviendra le « Corso » ! Le carnaval commençait le lendemain des rois, le 7 janvier, et se terminait huit jours plus tard. Les souverains pontifes ne faisaient pas preuve de « charité chrétienne » comme princes des États de l’Eglise [1] : outre les humiliations faites aux Juifs lors du carnaval, il était de tradition que les réjouissances s’ouvrent avec l’exécution d’un condamné. Celui-ci devait attendre avec impatience le début des festivités ! Pour souligner l’exemplarité des peines, le chevalet était dressé en place publique, à proximité du Corso, pendant la durée du carnaval ! 

« … on fait courir à l’envy, tantost quatre ou cinq enfants, tantost des juifs, tantost des vieillards tout nuds, d’un bout de rue à autre » [2]

Le carnaval donnait lieu, chaque fin d’après-midi, à des allers-et-retours en calèche dans le Corso, sous un déguisement, avec lancées de confetti et de bouquets de fleurs aux jolies femmes que l’on voulait honorer, et chasse aux hauts-de-forme [3] ! Le carnaval se terminait avec la course de chevaux qui était très attendue. Les chevaux, appelés « barberi » parce qu’issus de Barberia (Berbérie), appartenaient aux grandes familles patriciennes romaines. Géricault assiste, en février 1817, à la course. Passionné d’équitation, il exécute une vingtaine d’études et peint cinq esquisses représentant des « moza » (départ) et des « ripresa » (arrivée), à l’antique et en situation contemporaine, en nu et en habillé, en vue d’une composition qu’il ne réalisera jamais (dessin). De douze à quinze chevaux faisaient la course, sans cavalier, décorés de plumes et d’aigrettes, avec la croupe garnie de balles de plomb et de piquants, avec des brandons d’amadou allumés sur les parties les plus sensibles du corps. Ils étaient amenés « décorés » ainsi, et donc très difficiles à maîtriser, avant d’être lâchés dans le Corso.

 « Ces chevaux libres et sans guide, dressés à la course, irrités par les pointes de fer qui les piquent, et animés par les cris et les claquements de main du peuple, partent du palais de Saint Marc, et sont arrêtés à la porte de la ville où l’on adjuge le prix au premier arrivé » [4].

Le possesseur du cheval vainqueur gagnait une pièce d’étoffe laquelle devait être fournie par la communauté juive. Après la course, les gens se répandaient dans le Corso au cri de « Mor’ammazzato chi nun porta er mòccolo ! » (Sus à celui qui ne porte pas une flamme). Commençait alors la bataille des bougies où chacun essayait d’éteindre le « mòccolo » (c’est-à-dire tout ce qui brûlait : bougies, torches, chandeliers) du voisin. Le carnaval a été aboli, en 1883, à la suite de l’accident mortel d’un garçon qui, en traversant la rue, a été piétiné par les chevaux sous les yeux de la reine Margherita. Aujourd’hui, le carnaval de Rome se tient traditionnellement aux mêmes dates que celui de Venise, mi-février, mais les formes de la fête ont bien changé. Les festivités se concentrent plus sagement sur les défilés de personnages déguisés, de chars, du théâtre de rue, des magiciens, jongleurs, danseurs et musiciens. On peut regretter les masques, les offres de bouquets aux dames ou, la chasse au haut-de-forme (quoi que le gibier doive être bien rare). On ne regrettera pas la course en sacs de Juifs, la torture du chevalet ou l’exécution de condamnés ! 


[1] Martine Boiteux. « Les Juifs dans le Carnaval de la Rome moderne, XVIe-XVIIIe siècles ». In: Mélanges de l'École française de Rome. Moyen-Âge, Temps modernes, tome 88, n°2. 1976.

[2] Michel de Montaigne. « Journal de voyage – 1580 / 1581 ». 1992.

[3] Sur le déroulement du festival, voir Michel de Montaigne. « Journal de voyage – 1580 / 1581 ». 1992.

Alexandre Dumas. « Le comte de Monte-Cristo ». 1844 / 1846. Chapitres XXXV et XXXVI.

Goethe. « Le carnaval romain ». 1789.

En 1844, Berlioz a composé une grande pièce symphonique de concert, le « Carnaval Romain », à partir de deux thèmes du premier acte de son opéra Benvenuto Cellini.

[4] Carlo Goldoni. « Mémoires de Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre ». 1787.