Une collection inchangée depuis deux siècles - "Madeleine repentante" et "La fuite en Egypte" du Caravage

 

Rome Corso Palais Doria

Le Palais Doria Pamphili a été construit par le cardinal Fazio Santoro, en 1505, avant de passer aux Della Rovere puis à la famille Aldobrandini avant qu’Olimpia Aldobrandini, devenue veuve, n’épouse le prince Camillo Pamphili, famille qui en est toujours propriétaire. Le palais sera successivement agrandi, notamment côté Corso où il présente une façade d’un baroque tardif due à Gabrielle Valvassori (1734). On y fait généralement pas attention faute d’assez de recul pour l’observer ; la façade est haute, la rue étroite et très passagère ! A noter toutefois, l’alternance d’étages hauts et d’étages bas, ainsi que les positions des balcons qui permettent d’animer, un peu, cette longue et haute façade plane.

Les familles Aldobrandini et Pamphili furent de très grands amateurs d’art et leurs collections font l’objet de deux « fideicommis » qui en empêchent la dispersion. Les collections demeurent constituées comme des collections privées du XVIIIe et du XIXe avec tableaux, meubles, statues, tapisseries, dans une accumulation d’œuvres d’art qui laisse pantois comprenant des Annibal Carrache, Breughel l’Ancien, Claude Lorrain, Vélasquez, Caravage, Titien, Raphaël, Van Dyck, Tintoret, Rubens... d’autant que la décoration des salles est également d’une extrême richesse. Et, pour faire bon poids, ajoutez-y les reliques de sainte-Justine et sainte-Théodore, dont une parente de la famille ne se séparait jamais, y compris dans ses voyages !

A défaut d’étudier tous les tableaux, la Galerie Doria Pamphili possède deux Caravage, de taille modeste, datant de 1594 / 1596, c'est-à-dire d’une période où le peintre commence à être connu et apprécié mais où il n’a pas encore réalisé ses grandes toiles. Il s’agit d’une « Madeleine repentante » et d’une « Fuite en Egypte », d'ailleurs fort mal mis en valeur aujourd'hui dans une grande pièce un peu vide alors qu'ils étaient autrefois placés dans un lieu plus intimiste.

Dans le premier, « Madeleine repentante », une jeune femme, vue de dessus, est assise sur une chaise basse, dans une pièce où la lumière dessine un triangle clair sur le haut du mur, à droite. Elle est richement vêtue d’un corsage blanc à manche et d’une robe au tissu vert luxueusement orné, sur laquelle elle a posé un manteau beige. Ses cheveux sont défaits et elle a déposé sur le sol ses nombreux bijoux, colliers, bracelets et boucles d’oreille. La tête baissée et sa position assise, donnent à sa silhouette une forme courbe, douce, accentuée par le mouvement des bras, mains jointes sur son ventre. Le repentir (on ne parlait pas encore de « repentance », un anglicisme importé il y a une vingtaine d’années) est un thème de prédilection de la contre réforme. L’église, comme Madeleine, faisait retour sur sa vie dissolue et confessait ses erreurs.

Dans le second, « Le repos pendant la fuite en Egypte », la sainte famille reçoit la visite d’un ange musicien. Marie, assise, somnole en penchant sa tête contre celle de l’enfant qu’elle tient serré contre son sein. Joseph, lui, tend une partition ouverte à l’ange qui, vu de dos, s’apprête à jouer du violon. Les drapés des robes de Joseph, de couleur brune, de l’ange, blanche, et de Marie, rouge, donnent un mouvement hélicoïdal au tableau. Dans le coin supérieur droit, la tâche claire d’un ciel limpide. Le plus curieux, c’est que la pose de Marie est semblable à celle de Marie-Madeleine : même position de face, un peu décentrée à gauche, même mouvement des bras, même fléchissement de la tête. Pire, non seulement la pose est la même, mais le modèle est identique ! Il est heureux que ces deux tableaux soient dans la même collection permettant ainsi facilement leur comparaison.

Stendhal consacre peu de place à Michel-Ange de Caravage mais néanmoins beaucoup plus que ses contemporains qui l’ignoraient généralement. La redécouverte du peintre est récente. Stendahl s’attache toutefois à souligner le caractère marqué des personnages, voire leur laideur, plus qu’à la composition de ses tableaux.

« Cet homme fut un assassin ; mais l’énergie de son caractère l’empêcha de tomber dans le genre niais et noble, qui de son temps faisait la gloire du cavalier d’Arpin »[1].