La colonne de Marc-Aurèle - La Galerie "Alberto Sordi" - Le Palais Chigi

 

Rome Corso Galeria Sordi 3

Une place s’ouvre à gauche du Corso dominée par une colonne, la colonne de Marc-Aurèle (176 / 192).

 « La forme totale de la colonne Antonine n’est pas bonne ; elle fait le tuyau de poêle (terme d’artiste) ; mais l’ensemble de la place est fort joli »[1].

La colonne de Marc Aurèle, de 100 pieds romains de haut, soit 30 mètres, est composée de vingt blocs de marbre superposés et évidés, comme dans la colonne trajanne, pour y intégrer un escalier intérieur. La frise en spirale conte les hauts faits des Romains contre les Germains et les Sarmates, un peuple d’orgine Scythe.

La statue située au sommet de la colonne n’est plus celle de l’empreur, mais celle de Saint-Paul. C’est Sixte V qui fit placer cette statue en bronze doré lors de la restauration de 1589.

Pour une fois, intéressons-nous à une réalisation 1900 plus qu’à celle des siècles antérieurs, romains ou baroque, celle de la Galerie « Alberto Sordi », ex Galerie « Colonna », en face de la colonne. Ce passage, inauguré en 1922, a été construit sur l’emplacement du palais Piombino détruit en 1889. L’emplacement resta longtemps inoccupé, la municipalité ne sachant que construire à la place du palais qu’elle avait fait détruire ! Finalement, il fut proposé de réaliser une galerie couverte comme dans les grandes capitales européennes où les villes de Milan et de Naples qui possédaient déjà de magnifiques passages couverts.

Extérieurement, rien ne laisse imaginer que cette façade assez quelconque, très fin de siècle avec ses pilastres et colonnes géminées, bien que datant de 1922, s’ouvre sur une vaste galerie couverte. Celle-ci a la particularité d’être en forme de Y. Elle devait permettre aux bourgeois de se promener en famille dans un endroit abrité et calme, un espace protégé, entouré de boutiques de mode et comportant des cafés où discuter dans un lieu ouvert mais couvert ! Les deux branches sont fermées par une porte en baie serlienne, le passage est large, spacieux, décoré de marbres et de pilastres, protégé par une toiture aux verres colorés.

« Lueur glauque, en quelque manière abyssale, qui tient de la clarté soudaine sous une jupe qu’on relève d’une jambe qui se découvre »[2].

Les boutiques de mode et les joailliers sont toujours là, les cafés aussi, et une grande librairie, Feltrinelli, qui propose une gamme étendue de guides, de livres, de CD. C’est une librairie comme on aimerait en voir beaucoup, mettant en valeur des piles d’ouvrages des plus grands auteurs, des Borgès, des Primo Levi, des Queneau, des Pamück, des Pavese, des Sarramago, des Sartre, des Brecht… Une débauche de littérature mondiale de la plus grande qualité, malheureusement pour moi, et heureusement pour mon porte-monnaie, toute en italien, bien sûr.

Sur le côté de la place, le palais Chigi, siège de la présidence du Conseil des ministres italien depuis 1961. Alexandre VII Chigi (1655 / 1657) acheta à la famille Aldobrandini l'édifice encore en construction en 1657. Contrairement à ce qui est parfois dit, ce n’est pas dans ce palais qu’ont été tournées plusieurs scènes du film « Le Guépard » de Luchino Visconti, en 1962, mais dans le palais Chigi d’Ariccia, au sud de Rome. Que voulez-vous ? On ne prête qu’aux riches !

Il abrita, par contre le « Balconnard du Palais Chigi », à savoir la « Tête de Mort en chapeau melon, puis Emir en fez, ensuite à plumet »[3], selon les différents couvre-chefs utilisés par le « douché » au cours de sa vie politique. C'est au palais Chigi qu'a lieu le Conseil des ministres ainsi que les réunions ministérielles importantes. Le président du Conseil y bénéficie d’un logement de fonction et de bureaux.


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[2] Aragon. « Le paysan de Paris ». 1926.