Le Palais Ruspoli - Appréciations contestables de Stendhal - Un conspirateur aux "petits pieds"

 

Rome Corso Palais Ruspoli

Autre palais d'une certaine importance, le Palazzo Ruspoli, au Largo Goldoni. Il fut érigé pour le banquier Orazio Rucellai par l’architecte Bartolomeo Ammanati (1511 / 1512) qui avait réalisé la cour du Palais Pitti de Florence. Le palais devint ensuite la propriété du Cardinal Luigi Caetani qui le compléta par un nouvel étage ainsi qu'un magnifique escalier en marbre considéré comme l'une des merveilles de Rome. Il passa enfin à la famille Ruspoli, en 1713, et fut prolongé le long de la via Bocca di Leone (1780).

« Nous avons vu ensuite le palais Ruspoli dont le plus beau café de Rome occupe le rez-de-chaussée ; on est frappé de la magnificence des salles et de leur peu de propreté. Le travail d’essuyer une table de marbre vingt fois par jour est le pire des supplices pour un Romain ; le Français des basses classes, au contraire, se plaît dans l’activité. Différence de la race gauloise et de la romaine »[1].

Laissons à Henri Beyle, dit Stendhal (1783 / 1817), ses appréciations sur les qualités respectives des Romains et des Gaulois ! Ce que Stendhal ne dit pas, par contre, c’est qu’il aurait eu un logement dans le palais Ruspoli lors de son séjour romain.

Concernant la magnificence des salles du café, il faut savoir que celui-ci occupait alors les appartements que le prince Ruspoli avait fait entièrement réaménagés en 1715. L’ensemble des peintures murales, à la détrempe, a quasiment disparu aujourd’hui. Elles représentaient des paysages, des vues d‘architecture, des chasses, des batailles, des marines, des nymphes au bain… et décoraient des salles de réception, d’audience et d’exposition de la collection d’antiques du Prince. Ce type de décoration de jardins était alors très à la mode, transportant ainsi la campagne à la ville ! Les appartements du premier et du second étages abritent une galerie de fresques de Jacopo Zucchi (1541 / 1589) représentant la généalogie des dieux.

Depuis 1975, le palais et les chefs-d'œuvre qu’il contient font partie de la fondation Memmo, du nom d’un riche homme d’affaires italien. Cette fondation organise régulièrement de très belles expositions dans certaines des salles du palais, sur l’expressionnisme, le Caravage, les peintres italiens, mais aussi sur les objets trouvés dans la tombe de Nerfertari, ou sur Alexandre le Grand. Cette année, je profite d’une exposition sur les tissus anciens pour visiter les salles du rez-de-chaussée. Si les tissus présentés, du XVIe au XIXe sont d’une richesse et d’une finesse remarquables, je constate qu’une seule des salles a conservé son plafond à fresques. Encore un mot sur le café du palais Ruspoli :

« Le nombre des prêtres français venus à Rome pour suivre le concile est considérable ; on dit que ce sont eux qui se sont montrés les plus actifs. On les voit à toute heure, en tout lieu, dans la Rome antique, dans les églises, dans les sanctuaires, aux catacombes. Dans le seul restaurant établi dans le palais Ruspoli, un soir à l’heure du dîner, nous avons compté cent vingt abbés de nationalité française »[2].

Le palais Ruspoli fut également la résidence de la Reine Hortense de Beauharnais, épouse de Louis, frère de Napoléon et ex-roi de Hollande, à partir de 1830. Elle s’installa à Rome en 1826 après s’être séparé de son mari en 1809. Il faut reconnaître que le pape, bien qu’assez rudoyé par Napoléon, fut plus magnanime et accueillant vis-à-vis de la famille Bonaparte que les autres cours d’Europe qui leur battaient froid. Ils devaient avoir du mal à se remettre de la frayeur que leur avait fait « l’Ogre ». A Rome, la Reine Hortense était accompagnée de son fils, Louis Napoléon, Napoléon le Petit ! Celui-ci ne fut pas très reconnaissant vis-à-vis du pape puisque, la même année 1830, il avait alors 22 ans, il complote contre le pape avec le projet d’incarcérer tous les cardinaux et de destituer le pape ! Le même homme, moins de vingt ans plus tard, fera tout pour sauver le pouvoir temporel du pape à Rome en y envoyant des troupes françaises en 1849.

Avant, il s’agissait de conquérir le pouvoir, après il fallait le conserver !


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[2] Charles Yriarte. « Autour du concile, croquis et souvenirs d'un artiste à Rome ». 1887.

 Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur la traversée de Rome par le Corso

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