La Maison de Goethe - Le Trident et ses avenues rayonnantes

 

Rome Campo Marsio Trident

Au 18 via del Corso, vous longez la résidence de Goethe, transformée en musée. Le poète y séjourna de 1786 à 1788 et écrivit une partie de son livre « Voyage en Italie ».

« En Italie ! En Italie ! Paris sera mon école, Rome mon université. Car c'est vraiment une université ; qui l'a vue a tout vu ».

A Rome, il visite sites et musées, cornaqué par Johan Joachim Winckelmann, fondateur de l'histoire des arts et auteur d'un traité pour l'imitation de l'Antique. Il se promène dans la campagne romaine, suit des leçons d'anatomie et fréquente les ateliers des peintres allemands.

Outre des souvenirs du voyage de l’écrivain à Rome, le petit musée présente une exposition sur le voyage en Italie ainsi que des expositions temporaires.

Il me plait de terminer cette promenade par le Trident et la Piazza del Popolo. Ils furent, en effet, pendant des siècles, l’antichambre de la ville pour les visiteurs après être passés sous l’antique porte Flaminia. Aussi, les puissants mirent-ils un soin tout particulier à magnifier le lieu par lequel arrivaient rois, princes, prélats, délégations étrangères… et artistes.

«… je ne saurais exprimer le trouble, le saisissement, que me causa l’aspect lointain de la ville éternelle, au milieu de cette immense plaine nue et désolée… Tout à mes yeux devint grand, poétique, sublime; l’imposante majesté de la Piazza del popolo, par laquelle on entre dans Rome, en venant de France, vint encore, quelque temps après, augmenter ma religieuse émotion »[1].

De cette antichambre partent trois voies, constituant le « Trident », permettant de dessservir les différents lieux de Rome. Au centre, le Corso, l’antique via Lata, à droite la via di Ripetta (ex Leonina), ouverte en 1518 à la demande de Léon X Médicis (1475 / 1521) permettant de rejoindre la basilique Saint-Pierre ; à gauche la via del Babuino (ex Clementia), ouverte en 1525 à la demande de Clément VII Médicis (1478 / 1534) desservant la place d’Espagne. Le Trident est certainement la plus formidable opération urbanistique de Rome. Certes, il y eut les nombreuses percées réalisées par les différents papes de la Renaissance qui eurent à cœur de tracer des voies nouvelles dans le bâti médiéval de la ville, lequel se superposait au bâti romain qui, contrairement à l’idée reçue, était tout autant fouillis et enchevêtré : la via Alessandrina, créée par Alexandre VI Borgia (1431 / 1503) et ouverte en 1500, la via Giulia, créée par Jules II della Rovere (1443 / 1513), les via Leonina et del Babuino en 1518 et 1525, la via Paola (actuelle via Paolina a ponte) créée par Paul III Farnèse (1468 / 1549), la via Pia (actuelle via XX Settembre) créée par Pie IV Médicis (1499 / 1565) et la strada Felice (actuelles Sistina, Quatro Fontana, De Pretis), créée par Sixte V Peretti (1521 / 1590) et son architecte Domenico Fontana.

Avec le Trident, la Piazza del Popolo a cette particularité d’être structurée comme un décor de théâtre avec les différentes rues partant en éventail, et les deux églises encadrant l’entrée du Corso. Elle devient le modèle de la place « ouverte », arrangée de façon à s’ouvrir sur de vastes perspectives. La place médiévale est essentiellement une place de parvis, petite, de forme irrégulière, encadrée de toute part par l’église et les maisons. La place Renaissance (Montepulciano, Pienza, Viggevano) est régulière, quadrangulaire, entourée de monuments placés le long de chacun de ses côtés. Dans les deux cas, il s’agit d’une place fermée. La place du Capitole, dessinée par Michel Ange (1536), avait déjà renouvelé le modèle en laissant ouvert le côté donnant sur la ville et en lui donnant une forme trapézoïdale.

Certes la piazza del Popolo n’avait pas ni la taille, ni la forme oblongue, qu’on lui connait aujourd’hui. Elle était étroite, trapezoïdale, mais avec le Trident c’est néanmoins une forme nouvelle de place qui s’invente, dans laquelle la scénographie, la théâtralité, jouent des rôles majeurs.