Les cafés "Canova" et "Rosatti" - Le réaménagement de la place par Valadier

 

Rome Campo Marzio Piazza del Popolo

La Piazza del Popolo ne fut pas seulement qu’une porte d’entrée… Pendant des siècles, elle fut aussi un des lieux des exécutions publiques, dont la dernière remonte seulement à 1826 !

Mais foin des spectacles macabres, profitez de la vue sur la place et sur la foule qui l’anime en vous installant dans l’un des deux grands cafés de la place. Arrivant du Corso, vous avez le choix entre, à votre droite, le « Canova » qui s’enorgueillit d’avoir été le café préféré de Fellini qui habitait à deux pas, via Margutta ; et, à votre gauche, le « Rosatti » qui, lui, se proclame le café des écrivains… Mais, s’ils se réclament tous deux de grands intellectuels romains, ils sont à l’image du peuple de Rome, divisés entre droite et gauche. La tradition voudrait que le « Canova » soit plutôt fréquenté par la droite, le « Rosatti » plutôt par la Gauche. A moins, qu’inconstants comme le peuple de Rome lors des dernières élections municipales, ils soient de temps en temps de gauche ou de droite ? Qu’importe ! Attablez-vous à l’un ou à l’autre pour y admirer la place.

La porte monumentale ouvrant sur la place fut construite en 1561 par Vignola à la demande de Pie IV Médicis (1499 / 1565), et l’obélisque égyptien décorant le centre de la place fut érigé en 1589 par Domenico Fontana à la demande de Sixte V Peretti (1521 / 1590).

En l'honneur de la visite à Rome de la reine Christine de Suède, nouvellement convertie au christianisme, Bernini décora la porte en arc de triomphe (1655). Les deux églises jumelles de Santa Maria di Montesanto (1675) et Santa Maria dei Miracoli (1678) qui, côté sud de la place, encadrent la naissance de la via del Corso ont été commanditées en 1658 par le pape Alexandre VII Chigi (1599 / 1667).

Rome est annexée à l'Empire en 1809 et doit devenir une « ville impériale et libre, la deuxième de l'Empire ». Giuseppe Valadier est chargé de redessiner la place en respectant les monuments existants alentour, à savoir la porte et les églises. De fait, l’aménagement de la place fut réalisé après la chute de l’Empire, de 1816 à 1824 sous Pie VII Chiaramonti (1742 / 1823). Valadier en changea radicalement la forme, d’un trapèze ouvert vers la ville, il lui donne une forme elliptique ; il modifie la fontaine centrale, fait placer des statues de lions aux quatre coins de celle-ci, fait enclore de murets la place, rajoute enfin la rampe qui monte au Pincio.

Il fallut donc plus de trois siècles pour aménager cet ensemble urbanistique qui paraît pourtant d’une grande cohérence, de l’époque de la Renaissance (le trident, la porte, l’obélisque) à l’époque classique (la forme de la place, les murs de soutènement côté Pincio, la fontaine, les statues), en passant par le baroque (la décoration de la porte et les deux églises encadrant le Corso) !

Cette place est la plus vaste de la Rome papale, les autres étant de taille modeste, comme la piazza del Gesù ou la piazza San Ignazio. Généralement aussi elles ne sont pas régulières : place d’Espagne, Campo dei Fiori ou place du Panthéon. Les grandes places romaines, régulières, sont plus tardives et datent généralement de la Rome royale, de la fin du XIXe siècle, comme la place de la République, la place Victor-Emmanuel II, ou la place de Venise… à l’exception notable de la piazza Navone, dont la forme résulte du cirque romain qui occupait le lieu.

Après cela, le fascisme « inventera » un nouvel urbanisme, celui du vide total ! Les monuments deviennent des accessoires, ce qui compte c’est l’espace, lequel acquiert ainsi une « monumentalité », espace nécessaire à l’organisation de vastes mouvements de foules ou de troupes, bien sûr. A Rome, l’urbanisme fasciste fera du nettoyage par le vide avec la Via della Conciliazone en rasant toutes les maisons de la « spina » pour dégager la vue sur Saint-Pierre, en traçant la Via dei Fori Imperiali là où artistes, historiens et politiques avaient prévu de faire un vaste jardin archéologique et la Via del Teatro di Marcello en démolissant toutes les maisons médiévales, en supprimant enfin tout le quartier ancien situé autour du mausolée d’Auguste. De fait, les interventions du fascisme nient l’histoire urbaine particulière de Rome, en opèrent la déstructuration. Pouvait-on s’attendre à autre chose ?

 

Rome, Montpellier, Senlis, 2009 / juillet 2017

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