Le petit temple d'Athéna-Nike - Une restauration trop parfaite ? - L'Erechthéïon et l'olivier d'Athéna

 

Grèce Athènes Acropole 04 Temple d'Athéna Nké

Mais la restauration du Parthénon n’est rien à côté de celle du temple d’Athéna-Nike. Restauré une première fois sur une base en béton armé et avec des agrafes de fer qui se sont oxydées, la structure du temple était en péril exigeant un démontage et une anastylose en intégrant de nombreux éléments nouveaux [1]. Leur couleur, leur brillance, leurs lignes droites contrastent avec la patine de la pierre ancienne.

Evidemment, devant ce petit temple trop blanc, trop parfait, je n’arrive plus à imaginer Egée, roi d’Athènes, guettant du bastion du temple d’Athéna-Nike, le retour du navire de son fils, Thésée, qui avait été livré au terrible Minotaure.

Certes, du temps d’Egée, le temple était plus parfait encore puisqu’entier et non patiné par les ans. Et en plus coloré, puisque l’on sait désormais que les Grecs anciens aimaient à peindre de couleurs vives les différentes parties intérieures et extérieures du temple : bleu sur les triglyphes, jaune sur les colonnes et la première assise de l’entablement, rouge sur les fonds des métopes, de la frise et des frontons, vert sur les vêtements de plusieurs personnages sculptés. Finalement, le rêve s’avère difficile car je n’arrive pas davantage à imaginer une scène aussi colorée !

Si le temple d’Athéna-Nike me laisse de marbre (un comble !), j’arrive beaucoup plus facilement à imaginer ce qu’était la grande procession des Panathénées. Certes, il n’y a pas dans la foule qui se presse sur les escaliers d’animaux à offrir en sacrifice, ni de porteurs d’offrandes, encore moins de cavaliers, mais elle est suffisamment importante, dense, animée, pour rendre compte de ce que devait être ce grand défilé et les embouteillages auxquels devait donner lieu le passage du portique des Propylées.

Mais, sur l’Acropole, il me reste néanmoins encore un petit coin pour rêver, un petit coin pas trop neuf, pas trop arrangé, avec encore des amas de pierre, et peu de fréquentation : devant l’olivier d’Athéna, derrière l’Erechthéion. L’Erechthéion est un temple curieux, complexe, dédié à plusieurs dieux et comprenant plusieurs sanctuaires, et présentant des différences de niveaux importantes. Bref, il ne correspond pas aux canons de majesté et de rigueur diffusés sur l’architecture hellénique antique. Est-ce pour cela qu’il est moins fréquenté que les autres temples ? Si les porches Est et Nord, mais surtout le portique des Caryatides, au Sud, attirent encore quelques curieux, peu de personnes vont voir l’arrière du temple. C’est pourtant là que pousse l’olivier d’Athéna.

La légende veut que, suite à la création de la ville sur l’Acropole par Cécrops, le premier roi de l'Attique, Athéna et Poséidon revendiquaient chacun l'honneur de lui donner leur nom. Pour les uns, Cécrops aurait été choisi pour juge du concours. Poséidon, dieu des Mers, des Sources et des Tremblements de terre, frappa le sol de son trident et fit jaillir une source d’eau salée. Athéna, déesse de la Guerre, de la Sagesse, des Artisans, des Artistes et des Maîtres d'école ( ! ), fit sortir de terre un arbre magnifique, couvert de fruits. Cécrops aurait alors jugé l’arbre plus utile pour son peuple choisissant ainsi Athéna comme protectrice de la ville. Pour d’autres, Poséidon aurait fait jaillir un étalon noir invincible au combat. Cécrops aurait alors demandé l’avis de son peuple : les hommes choisissant le cheval, les femmes, plus réalistes, l’olivier ! Mais comme ses dernières étaient plus nombreuses d’une voix, c’est Athéna qui gagna ! Furieux, Poséidon aurait alors submergé l'Attique sous les flots et, pour apaiser sa colère, les Athéniens auraient imposés aux femmes trois punitions : elles n'auraient plus le droit de vote, aucun enfant ne portera le nom de sa mère et, enfin, elles ne seront plus appelées Athéniennes ! Le machisme se trouve toujours des justifications bien curieuses…

Le petit olivier qui pousse là n’est évidemment pas celui d’Athéna ! Il est en effet bien trop jeune, une centaine d’années peut-être. C’est une replantation récente. Mais qu’importe, ce qui compte c’est non seulement ce qu’il représente mais aussi qu’il puisse être le support de mes  rêveries et là, c’est possible ! Pas de bousculade, pas d’aménagements excessifs ; il fait même un peu pitié cet olivier, tout seul, sur ce rocher tout sec.