Relève de la garde au palais présidentiel - Une chorégraphie complexe

 

Grèce Athènes Parlement 11

Les « evzones » (« les biens ceinturés » un terme qui remonterait au temps d’Homère !) dénomment plusieurs régiments d'élite d'infanterie légère de l’armée grecque. Ces unités militaires ont un uniforme de cérémonie original, inspiré des costumes traditionnels grecs. Outre le béret rouge agrémenté d’un long gland noir en soie porté sur le côté, ils portent des hauts-de-chausses en laine blanche, tenus par des cordons de soie à pompons sous les genoux, des chaussures ornées également d’un pompon et bien sûr la célèbre fustanelle, une jupe plissé coupée dans 30 mètres de tissu blanc, et formée de 400 plis qui symbolisent les 400 années d’occupation ottomane[1] !

Les evzones sont aujourd’hui chargés de la protection présidentielle et assurent, 24 heures sur 24, la garde devant le Tombeau du Soldat Inconnu, devant le Palais. Si le grand costume est porté tous les dimanches à 11h00, ou lors de parades exceptionnelles, le costume pour la garde est un peu simplifié et de couleur kaki.

Ils effectuent la garde du monument, trois fois toutes les quarante huit heures, et la relève, faite toutes les heures, donne lieu à un cérémonial des plus curieux. N’étant pas particulièrement attiré par les cérémonies ou autres exhibitions militaires, je n’aurais pas fait le détour si notre hôtel n’avait été situé quasiment en face du monument au soldat inconnu. Le spectacle n’est toutefois pas sans intérêt, à la fois pour admirer les costumes mais aussi pour découvrir la très étrange chorégraphie à laquelle donne lieu cette relève de la garde.

Pour affirmer leur force et se donner une importance sociale, les militaires aiment à parader en public en utilisant un certain nombre de règles simples : maîtrise et rigueur, ce qui se traduit par l’usage du pas cadencé et la réalisation de gestes coordonnés. Avec la relève de la garde des evzones, tous ces gestes sont amplifiés jusqu’à leur extrême limite. Le rythme pour accomplir chacun des gestes est très lent, à la frontière du déséquilibre du corps, le bras est lancé très haut à la limite des possibilités de l’articulation de l’omoplate, la jambe est relevée parfaitement droite jusqu’à l’horizontale obligeant au fléchissement de la seconde pour y parvenir… Ajoutez à ces difficultés de la gestuelle déjà peu banales, le port de bas de coton et de souliers à clous d’un kilo et demi chacun ! Cela relève quasiment de la course d’obstacles avec handicap ! Mais l’affaire se corse encore car il faut accomplir cette chorégraphie complexe en parfait accord avec son partenaire : pas cadencé, gestes absolument similaires, au point que les droites formées par les bras, les jambes, le corps et les fusils, doivent être toujours rigoureusement parallèles. Le tout, bien sûr, sous l’implacable soleil d’Athènes qui ne ménage pas son rayonnement. On ne s’étonnera donc pas que les evzones soient des volontaires, « triés sur le volet » et qu’ils suivent un long apprentissage, par paires, afin d’assurer une parfaite réalisation et coordination de leurs mouvements !

D’où provient cet étrange ballet ? Tradition ? Invention récente lors de l’érection du monument au soldat inconnu (1932) ? La répétition toutes les heures de ce cérémonial est-il bien utile et utile à quoi ? Les soldats grecs morts lors de la première guerre mondiale (1917 / 1918) en sont-ils plus honorés pour autant ? Ni mieux ni pire certainement qu’en France avec nos commémorations et allumage de la flamme sous l’Arc de triomphe. Ces parades restent généralement à usage des survivants, et encore… et dans le cas présent, ils doivent être très rares ! Le souvenir du sacrifice de toutes ces vies devrait plutôt passer par l’analyse et la réflexion sur les causes de cette guerre, comme de la suivante. Seule l’éducation peut donc permettre, à la fois, de comprendre les sacrifices subis, d’honorer leurs victimes et d’éviter tout accès de chauvinisme et de fanatisme nationaliste.

Il paraît que les Grecs sont très attachés au cérémonial en question… Peut-être le considèrent-ils comme un symbole au travers duquel s’exprime leur identité ? Comme l’est pour nous la devise de la République française aux frontons de nos bâtiments publics ? Dans la période délicate traversée par le peuple grec, ce n’est évidemment pas le moment de leur dire que le cérémonial en question est inutile et qu’il coûte cher ! D’autant que les Grecs attendent encore le versement de dommages de guerre par les Allemands qui soient à la hauteur des pertes subies et des prélèvements imposés par l’occupant. Pour jouer avec honneur les « pères la vertu », les Allemands devraient être sans tâche !