Comment apprécier la vie démocratique d'un pays que l'on visite ? Un culte de la personnalité assez pénible

 

Allemagne RDA Pour chacun il faut donner son meilleur

« La République démocratique allemande est un Etat socialiste dans lequel la classe ouvrière exerce le pouvoir en alliance avec la classe des paysans coopérateurs et des autres travailleurs. L’alliance repose sur l’identité des intérêts fondamentaux de la classe ouvrière, des paysans des coopératives et des autres travailleurs (...). Le Parti socialiste unifié d’Allemagne, parti de la classe ouvrière, est la force dirigeante et inspiratrice de l’action sociale. Il se sert de l’Etat comme d’un instrument pour réaliser les transformations sociales et faire avancer la société socialiste, afin d’atteindre les objectifs que le S.E.D s’est assigné pour les années quatre-vingts »[1].

La vie démocratique au sein de la R.D.A ne nous saute pas aux yeux. Nos hôtes nous assurent que les ouvriers, les paysans et les travailleurs (notez l’ordre : 1/ les ouvriers, fondement du régime, 2/ les paysans, alliés objectifs des premiers selon le modèle de l’alliance entre la faucille et le marteau, 3/ le reste, assez inclassable, mais des travailleurs malgré tout, donc autrefois exploités) participent activement à la vie de leur entreprise, de leur collectif de travail, qu’ils en définissent les objectifs de production, les modalités d’organisation sociale. Peut-être… mais malheureusement cela ne peut pas se juger au cours d’un voyage, même avec des rencontres dans les entreprises, les administrations et les services. Cette vie démocratique, si elle existe comme l’affirment aussi livres et brochures, ne peut s’apprécier qu’en vivant un certain temps dans le pays et en participant à sa vie productive et sociale.

Nos éléments habituels d’appréciation de la vie démocratique d’un pays se fondent généralement sur l’existence d’une pluralité de partis, la diversité des lignes rédactionnelles des journaux, la multiplication de livres d’opinions engageant des débats scientifiques, moraux, l’existence de réunions publiques, de meetings. Il faut bien avouer que, là encore, nous ne voyons pas grand chose. S’il existe des partis différents, ils sont étroitement associés depuis la fin des années 40 dans la reconstruction et la gestion du pays. A la lecture de leurs journaux, leurs lignes politiques ne semblent pas très différentes et ils apparaissent plutôt comme un moyen de représenter différentes couches sociales, ouvriers, paysans, petits commerçants, cadres. Ils ont la même ligne rédactionnelle : défense du socialisme d’Etat, amitié avec l’Union Soviétique et les démocraties populaires.

Si les éditions d’ouvrages apparaissent assez importantes avec notamment l’impression de romans étrangers, il faut bien reconnaître que les auteurs sont triés sur le volet, plutôt « bien pensants » par rapport aux orientations du régime. C’est avec beaucoup de difficulté que nous dénichons un ouvrage d’analyse psychanalytique dans une petite librairie, mais en langue française, c’est un livre des Editions Sociales, une maison d’édition du P.C.F. Les censeurs ont peut-être pensé (mais un censeur pense-t-il ?) que la caution du P.C.F était un gage de contrôle de la ligne idéologique de l’ouvrage ?

Par contre, ce qui crève les yeux, c’est le véritable culte de la personnalité qui existe vis à vis des dirigeants du Parti et de l’Etat. Partout, dans les halls d’écoles, d’usines, les salles de réunion des maisons de la culture, des administrations, trône en bonne place la photographie d’Erich Honecker, « Secrétaire général du Comité central du Parti socialiste unifié d’Allemagne, président du Conseil d’Etat de la R.D.A », encadrée d’or. Il a d’ailleurs plutôt une bonne tête, avec sa crinière de cheveux blancs, et ce Big Brother là semble être un papy plutôt débonnaire. Un slogan politique, souligne le portrait et vient ajouter une petite touche personnalisée, ce n’est certes pas « Big Brother watching you », mais quelque chose de plus moral, par exemple : « Chacun doit donner le meilleur de soi ». Bon, nous avons aussi nos Marianne et nos portraits de Présidents dans les mairies. Mais ici, cela frise quand même l’overdose : Erich Honecker à la tribune du congrès du Parti, Willy Stoph, président du Conseil des ministres, recevant des délégations étrangères, Erich Honecker dirigeant une session du Conseil d’Etat, Horst Sinderman, président de la Chambre du peuple, s’entretenant avec une délégation de jeunes, Erich Honecker serrant la main de Javier Perez de Cuellar, secrétaire des Nations Unies, ou de Léonid Brejnev, secrétaire général du Comité central du P.C.U.S, et encore d’ouvriers, de paysans, d’étudiants... Ces trois là sont à toutes les sauces et partout. A croire que l’ensemble de l’activité du pays est assuré par ces trois seules personnes !


[1] Panorama DDR. « La RDA se présente ». 1984.

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