La relève de la Garde à la Neue Wache - Le parc de Treptow et le cimetière militaire soviétique

 

Allemagne RDA Berlin Monument aux victimes du fascisme

« C’était l’été dernier en R.D.A, exactement le troisième jour après notre arrivée dans la République des Pionniers ‘Wielhem Pieck’ à Altenhof. Cette journée avait été choisie pour l’ouverture officielle du camp de vacances. Toutes les délégations étaient réunies. Il y avait là nos amis allemands, soviétiques, polonais, bulgares, hongrois, roumains, hollandais, belges et d’autres encore peut-être. On lâcha de nombreux ballons avec des foulards ou des cartes qui portaient quelques mots écrits par chacun d’entre nous ‘Paix et amitié’ ou ‘Tous les enfants du monde sont nos amis’. Pendant mon séjour, j’ai souvent rencontré de nombreux signes de l’amitié. ‘Nous voulons être amis’ disaient des affiches dans le camp et, dans leur langue, Barbara l’Allemande, Januszek le Polonais, Denis le Belge, et moi la Française. Depuis, ces mots ont pour moi un autre sens. Je sais maintenant que, sans amitié, il ne peut y avoir de paix et de bonheur dans le monde ».[1]

Le monument aux victimes du fascisme et du militarisme est situé à l'entrée de l'avenue « Unter den Linden », dans l’ancienne Nouvelle garde (« Neue Wache ») de Karl Friedrich Schinkel, un monument de style classique, à fronton triangulaire supporté par six colonnes cannelées de style dorique. Des soldats de l’Armée Nationale Populaire y montent la garde avec leur drôle de casque en saladier évasé.

La relève de la Garde est l'occasion d'une cérémonie toute empreinte de militarisme allemand alors même qu'elle veut exalter la lutte antifasciste et antimilitariste ! Elle donne lieu à un défilé de soldats, marchant au pas de l’oie, précédés d'un porte-drapeau tenant cette étonnante hampe, aux bras arqués en cornes de vache et d’où pendent de longs pompons, hampe que l'on voit dans tous les films sur la seconde guerre mondiale et qui est devenue ainsi une représentation mythique du militarisme nazi. Rien de spontané, de vivant, de simple, dans cette cérémonie du souvenir aux victimes du fascisme et du militarisme, mais au contraire un cérémonial rigide, codifié, exaltant finalement des valeurs martiales et de discipline militaire. La manifestation est d’autant plus troublante que la garde et sa relève avait disparues à la chute de Guillaume II[2].

Au parc de Treptow, les Soviétiques ont érigé un immense mémorial aux soldats morts dans l'assaut de Berlin. Il est dominé par une énorme statue représentant un jeune soldat soviétique qui « respire la force calme et la détermination et tient dans ses bras l’enfant qu’il vient de sauver ». S'il porte l'uniforme soviétique réglementaire avec la vareuse bouffante au col russe, il est aussi enveloppé d'une longue cape flottant au vent et tient une épée à la main droite ! Certes, c'est une allégorie, mais que devient le « réalisme socialiste » ? La lutte victorieuse contre les nazis s’est-elle conduite avec une épée ?

De chaque côté du monument, d'immenses murs de granit rouge représentent, de façon stylisée, des drapeaux soviétiques abaissés en l'honneur des soldats morts au combat. Ils ont été réalisés avec les matériaux de construction récupérés de la chancellerie du Reich et de l’immense arc de triomphe qu’Hitler avait commandé à Albert Speer, l'architecte nazi officiel. Sous les cinq vastes parterres engazonnés du mémorial reposent 50 000 soldats soviétiques ayant participé à la libération de Berlin. Les Allemands de R.D.A y viennent nombreux et avec recueillement.

Voilà deux images de la R.D.A qui se superposent bien difficilement ; l’une participant à exalter les valeurs militaires, l’autre à respecter les victimes du militarisme nazi.


[1] « Bonjour les amis ». Livre de français à l’usage des élèves allemands de R.D.A. 1980.

[2] « … ce beau ‘Castrum romain’ de Schinkel, avec ses puissantes colonnes doriques, est vide aujourd’hui, seuls les râteliers d’armes classiques sont restés ; il est devenu complètement monument et antiquité, c’est mieux ainsi, mais il est des Berlinois pour se remémorer avec une certaine nostalgie ces heures où la garde montait encore ». Franz Hessel. « Promenades dans Berlin ». 1929.

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