Passages en 65, 76, 77 et 90 - De la guerre froide à la réunification

 

Allemagne Berlin Check Point Charlie 4

En juillet 1965, j’ai eu l’occasion de franchir une première fois ce fameux « rideau de fer » pour me rendre à Berlin-Ouest. Le territoire de la R.D.A était traversé par cinq passages routiers, huit passages ferroviaires, trois passages fluviaux et trois couloirs aériens, afin de permettre aux marchandises et aux personnes d’atteindre l’enclave de Berlin-Ouest.

Pour le train réservé aux militaires en poste dans la zone française d’occupation de Berlin et à leurs familles, partant de Strasbourg, la traversée de la R.D.A s’effectue de nuit. Les consignes données aux voyageurs sont strictes : passé le rideau de fer il est absolument interdit de descendre du train, d’ouvrir les fenêtres, de s’adresser aux personnes extérieures, les rideaux des fenêtres doivent être impérativement clos. Bien sûr, plus les règles sont strictes, plus il est interdit de regarder à l’extérieur et plus l’on est curieux. Aussi, au petit matin, quand le jour se lève, les rideaux sont-ils entrebâillés pour examiner cet étrange pays avec le frisson du fruit défendu et la crainte d’on ne sait quelles représailles.

Finalement, c’est très décevant ! Le peu entrevu ressemble à peu près à n’importe quoi : des champs, des routes et des villages. Pire, ces « indiens » ont l’air de vivre dans leur réserve comme nous-mêmes ! Pensez donc, j’observe même une jeune fille qui fait de la bicyclette avec son jeune frère sur un petit chemin de campagne. Ils ont donc des vélos ? Ils peuvent donc se promener librement ? Remarquant que personne ne contrôle que les rideaux du train sont bien fermés les passagers les ouvrent alors largement pour mieux voir.

Lors d’un arrêt du train à Magdeburg, nouveau frisson, un soldat de « l’Armée Rouge » garde les voies. Accoudé négligemment contre une barrière, il nous observe comme nous l’observons nous même. Qui est dans la cage ? Qui est le visiteur du zoo ? Tout cela est très troublant. Heureusement, à l’arrivée en gare de Berlin, on nous rappelle que nous avons réalisé un voyage exceptionnel, dangereux, en nous accueillant avec une fanfare militaire jouant des airs martiaux ! Il fallait au moins cela pour faire taire les questions dérangeantes qui s’insinuaient insidieusement en nous.

Passage de la frontière de la R.D.A en 1976. Il faut déjà pouvoir approcher de celle-ci car les endroits qui permettent de la franchir sont rares. Chemins, routes et autoroutes sont coupés nets par une clôture de fils de fer barbelés. L’autoroute Francfort / Dresde, entre Bad-Hertsfeld et Eisenach, qui serpente des deux côtés de la ligne est elle-même coupée en plusieurs endroits nécessitant à chaque fois de nombreux tours et détours par une toute petite route. Comme les candidats à l’entrée en R.D.A sont rares, l’autoroute et la petite route sont vides de tout trafic. Par contre, le poste frontière de la R.D.A est imposant. C’est un vaste bâtiment de bois composé de deux porches, l’un pour les entrées l’autre pour les sorties bien sûr, suivis de deux longs quais sur lesquels sont alignés les bureaux administratifs : police, douane et information touristique. Le tout bien entouré de barbelés et de miradors. Les formalités ne durent toutefois pas trop longtemps, car nous avions déjà obtenu notre visa auprès de l’ambassade de R.D.A en France. Nous avons néanmoins droit à un énorme tampon sur notre passeport pour l’utilisation de notre véhicule en R.D.A.

Rebelotte en 1977. Cette fois, les participants sont venus en délégation, de Dijon, avec leurs véhicules personnels, aussi avons-nous tous rendez-vous au poste frontière de Güdow, sur l’autoroute Hambourg / Berlin. Toujours de vastes bâtiments, des barbelés, et peu de candidats au passage. Cette fois les formalités seront très rapides car nous sommes attendus par des représentants de ministères. Le responsable allemand nous précise toutefois qu’il nous faut rouler groupés, en convoi et, qu’à l’arrivée à Garwitz, notre lieu de résidence, nos véhicules seront consignés dans un lieu sûr, une usine gardée, pour nous éviter d’avoir à déplorer leur vol !

En août 1990, après la chute du mur et l’ouverture du rideau de fer, le passage est désormais totalement libre. Si les bâtiments sont encore en place, ainsi que les barbelés, ils sont maintenant complètement vides, pas un policier ou un douanier, alors même que la R.D.A existe toujours, du moins théoriquement. La route qui était autrefois peu fréquentée est, à l’inverse, très embouteillée. Chacun, à l’Ouest, se précipite pour aller voir les « Indiens » dans leur réserve. A Berlin, les colossales installations du point de contrôle « Checkpoint Charlie » qui ont été construites dans les années 80, sont abandonnées, les guichets déserts. Plus de tanks, d’automitrailleuses, de miliciens en armes... rien qu’une espèce de poste de péage en déshérence.

Liste des articles sur la RDA.

Télécharger le document intégral