Des objectifs peu clairs - Les péripéties habituelles de ce genre de situations

 

Algérie Alger 3

« ... on ne compte pas le nombre de réponses en attente de questions »[1].

Cela fait maintenant plusieurs jours que cette seconde mission en Algérie est commencée. Mais, avec ma collègue, nous n’avons toujours pas bien compris ce que les responsables du projet européen, commanditaires de la mission, attendaient de nous ! Certes, nous les avons rencontrés au premier jour et ils nous ont précisé leur attente, à savoir que nous aurions à faire une conférence sur le thème de la formation professionnelle dans le cadre du « Cycle de conférences des mercredis du projet ». Mais encore ? Pour quels objectifs ? Pour quels publics ? De quelle durée ? Et s’il s’agissait de faire une simple conférence, était-il nécessaire que nous soyons deux personnes présentes pendant deux semaines pleines à Alger ?

Pour préparer cette future conférence, les responsables du projet nous ont proposé de rencontrer des cadres du ministère de l’Agriculture et du développement rural afin que nous puissions prendre connaissance des orientations politiques et des éléments d’un nouveau projet algérien de « Renouveau rural ». Excellente idée, ces contacts devraient nous permettre de comprendre la situation locale et ses développements afin de mieux centrer notre intervention et la rédiger. Mais il ne nous est proposé qu’un seul rendez-vous par jour ! Il est vrai que les temps improductifs sont nombreux : attente du chauffeur, faible disponibilité d’une voiture de service, prise de rendez-vous difficile, présence aléatoire des interlocuteurs, embouteillages.

Aujourd'hui, nous sommes particulièrement efficaces. Le rendez-vous à l’hôtel est prévu une heure plus tôt que de coutume, 8h00, pour une entrevue à 9h00. C’est un laps de temps raisonnable pour aller du centre d’Alger en périphérie compte-tenu des embouteillages dus pour partie aux barrages policiers sur les grandes voies de circulation. Après un peu d’attente, le chauffeur nous téléphone pour nous préciser qu’il aura du retard car la batterie du véhicule est morte, qu’il faut donc la changer et en trouver une autre. Il arrive à 10h00 ce qui n’est pas si mal et, comme cela roule mieux à cette heure, nous sommes sur notre lieu de rendez-vous à 10h30. Chance, la personne que nous devions rencontrer est encore là et est disponible. Après nous avoir fait pénétrer dans son bureau, elle nous explique néanmoins qu’elle ne peut pas nous recevoir ! Certes, un courrier officiel annonçant notre visite avec son objectif a bien été reçu par le Directeur Général du service, mais voilà, celui-ci n’a pas spécifié à notre interlocuteur qu’il pouvait nous recevoir. Il nous faut donc obtenir l’autorisation du Directeur Général pour pouvoir le rencontrer. Qu’à cela ne tienne, nous sommes prêts à le faire. Cela ne devrait pas poser problème : notre mission n’est pas clandestine, elle ne met pas en cause des secrets d’Etat et la formation professionnelle rurale ne constitue pas un différent politique entre nos pays. Mais voilà, le Directeur Général est bien sûr très occupé et ne peut pas nous recevoir, ni même nous dire s’il nous autorise à rencontrer son subordonné.

Nous n’avons plus qu’à retourner au bureau du projet, à l’autre bout d’Alger, pour étudier la question avec ses responsables et prendre éventuellement d’autres rendez-vous. Mais le téléphone ne marche plus… du moins le téléphone fixe car les téléphones portables fonctionnent bien. Mais il est impossible de prendre des contacts officiels en utilisant des téléphones privés. Nous avons donc terminé notre journée ! A cette occasion, nous apprenons que la conférence du mercredi de la semaine n’aurait pas été très satisfaisante et que les réponses à de nombreuses questions du public avaient été renvoyées à la semaine suivante, à nous donc, mais sans que nous arrivions à savoir quelles étaient les questions posées ! Pourquoi se faire des soucis puisque le public ne sera vraisemblablement pas le même dans une semaine ?

Heureusement, la collègue choisie pour faire tandem avec moi connait bien l’Algérie. Cela nous permet d’avoir d’autres rencontres, officieuses celles-là, et d’échanger de nombreuses informations avec des Algérois. J’ai moi-même mes propres réseaux de contacts et d’amitiés qui nous assurent des rencontres régulières avec un des responsables algériens directement concernés par le projet. Nous passons en conséquence beaucoup de temps à définir une stratégie pour savoir comment nous sortir honorablement de ce guêpier et essayer d’être le plus utile possible aux services concernés du ministère.