Un bâtiment moderniste de la fin des années 20 - Petite comparaison avec d'autres ministères plus récents

 

Alger ministère de l'Agriculture

Ces différents rendez-vous nous donnent bien évidemment l’occasion de pénétrer au sein du ministère de l’Agriculture et du Développement rural situé en plein cœur d’Alger, boulevard du Colonel Amirouche.

C’est un très beau bâtiment moderniste, de la fin des années 1920 : formes régulières, rectangulaires, grandes surfaces vitrées, couleur claire. Il avait été commandé par la « Coopérative algérienne d’achats agricoles ». Originellement prévu pour être inauguré lors des célébrations du centenaire de l’occupation française (1930), il ne fut achevé qu’en 1933. Symbole d’une nouvelle architecture algérienne, il a abrité à cette occasion la première exposition d’architecture et d’urbanisme.

L’édifice s’organise autour d’un vaste hall carré, couvert d’un dôme à vitraux géométriques réalisés par Marguerite Huré. La structure porteuse du bâtiment est visible en façade marquant sa verticalité, en contraste avec les longs balcons horizontaux[1].

Au début du XXe siècle l’architecture algérienne s’était plutôt caractérisée par son goût du pastiche avec le style « néo-mauresque » : palais du Peuple (ex palais d’été), immeuble du Rassemblement Démocratique Populaire (ex siège de la Dépêche algérienne), grande poste d’Alger, wilaya d’Alger, musées d’Art moderne et des antiquités musulmanes. On peut penser que, dans les années 30, les autorités françaises souhaitaient, non plus affirmer un attachement à des traditions locales, mais au contraire montrer que la colonie entrait, elle aussi, dans la modernité. D’où l’affirmation d’une nouvelle architecture algéroise, témoignant de son caractère contemporain tout en s’adaptant aux conditions climatiques (couleur claire, fortes structures horizontales en avancées et colonnades pour lutter contre le soleil…). Cette école d’architecture est également représentée par le Palais du gouvernement (1932) ou l’hôtel Es Safir (ex hôtel Aletti, 1930).

A l’intérieur, le bâtiment a l’âge de ses artères. Les peintures sont défraîchies, les installations démodées ou obsolètes, les structures des bureaux peu adaptées aux nouvelles conditions de travail. Il aurait besoin d’une bonne restauration même s’il n’est pas plus désuet que son homologue français et même plutôt moins !

Une petite comparaison avec d’autres ministères algériens serait certainement des plus instructives. N’ayant pas eu le loisir d’en faire un tour systématique, je ne peux témoigner que de deux d’entre eux que j’ai eu l’heur d’entrevoir : le ministère de l’Energie et des Mines et le ministère des Finances. Ils témoignent néanmoins des tendances contradictoires de l’architecture algérienne contemporaine, toujours empêtrée dans un débat datant du premier tiers du XXe siècle.

Le ministère de l’Energie et des Mines est un bâtiment récent qui renoue avec les plaisirs pâtissiers de l’architecture néo-mauresque : fenêtres avec arcs outrepassés, un dernier étage en surplomb comme les vieilles maisons de la casbah et décor de sebka. Tout cela certainement pour affirmer la volonté de restaurer un « style authentique national » ! Mais cela fait plutôt « nouveau riche » et plagiat. Peut-être était-ce pour mieux faire croire que l’industrie pétrolière participait au renouveau de l’identité nationale algérienne ? Le ministère des Finances est d’un tout autre langage architectural, celui de l’architecture internationale contemporaine : corps de plusieurs bâtiments articulés en cercle, murs miroirs. Il affirme volontairement sa modernité, voire son inscription dans le futur, pour souligner qu’il contribue à la construction de l’avenir de l’Algérie ?

Trois ministères, mais aussi trois représentations qui pourraient bien constituer un reflet de la politique algérienne ! Un ministère de l’Agriculture abandonné à lui-même comme le secteur dont il s’occupe ; des ministères du pétrole et des finances, flambant neufs, ultra modernes, dans des secteurs qui brassent de l’argent, beaucoup d’argent, l’un qui s’efforce de faire oublier son insertion dans l’économie internationale, l’autre énorme, massif, dominant, pour bien souligner sa toute puissance dans le développement algérien ! Comme quoi, l’architecture aussi est un langage qu’il faut apprendre à déchiffrer.


[1] Voir le site très intéressant sur les héritages architecturaux dans la ville d’Alger, mutual-heritage

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