L'inauguration du métro d'Alger - Pour l'accueillir, la ville se fait belle - Pour le métro, ou pour "le Président" ?

 

Alger 6

Le maître d’hôtel du restaurant m’annonce, avec un grand sourire, que le métro d’Alger sera inauguré lundi prochain et, qu’à cette occasion, le Président a choisi que la cérémonie se fasse dans la station qui est quasiment située devant l’hôtel, place de la Grande Poste.

« Pensez-donc, j’ai entendu parler du métro d’Alger, la première fois, quand j’avais seize ans. J’en ai quarante sept maintenant, cela fait trente et un an que je l’attends ! ».

Son enthousiasme est compréhensible et assez communicatif, sauf que cela ne m’arrange pas vraiment : c’est justement ce matin là que je dois prendre l’avion pour repartir ! Le quartier risque donc d’être totalement bouclé pour cette occasion. Mais cela me permet de comprendre le remue-ménage général que j’ai constaté dans le quartier. En effet, depuis deux ou trois jours, des escouades de jardiniers sont venus en éclaireurs, tailler, bêcher, planter, à toutes heures du jour et quasiment de la nuit. Les pelouses ont été brossées, peignées, les parterres de fleurs reconstitués, des plantes en pots changées, les branches mortes des arbres coupées, le bas des troncs peint en blanc.

Une seconde vague, composée d’une armée de balayeurs et de nettoyeurs, en combinaisons vertes ou avec un gilet réfléchissant orange, avait ensuite tout envahi pour ramasser toutes les saletés qui traînaient, poussières, papiers, bouteilles, sacs plastiques et asperger les sols au karcher pour décoller la crasse. Les lampadaires ont été brossés, repeints en noir, agrémentés de reliefs couleur bronze, les lampes systématiquement changées, les barrières et chaines qui bordent les trottoirs sont passées au noir et à la peinture aluminium.

Après les surfaces horizontales, c’est désormais une troisième vague de travailleurs qui submerge les surfaces verticales. Des brigades de peintres, habillés de blanc, s'activent partout, grimpent à l’assaut des façades, souvent sur des échafaudages des plus précaires. Ils badigeonnent tout de blanc, au rouleau avec de très longs manches. Il est préférable d’éviter les trottoirs si l'on ne veut pas recevoir une pluie de gouttelettes blanches. Ils sont partout, à tous les étages, sur les balcons, les terrasses. Il y a dû avoir un ordre de réquisition générale tellement ils sont nombreux. J’apprends en effet, en discutant avec le personnel du service, que les propriétaires d'immeubles et de magasins, ont été sommés de repeindre leurs maisons, leurs boutiques, leurs garages, dans tous les endroits où doit passer « le Président ».

Bien sûr, dans la précipitation, pas question de faire du détail, les ouvriers peignent directement sur les façades sans nettoyer, gratter, poncer, ni même laver. A même le ciment qui se desquame, la crasse, les affiches collées, les tuyaux et les fils électriques baladeurs. Ce n’est pas la peine de restaurer à grand frais puisqu’il suffit que cela soit propre pour le jour du « Président ».

Mais attention ! N’est peint que ce que « le Président » pourrait voir dans son déplacement, pas ce dont on est sûr qu'il ne verra pas. Comme de ma chambre d’hôtel, mon point de vue est exactement opposé à celui qu’aura « le Président », je peux observer les façades sur les petites rues adjacentes qui ne sont pas repeintes, alors que celles du même immeuble sur la grande rue le sont. Le blanchissage s’arrête juste à l’angle de l’immeuble. Heureusement, sinon, à l’image de Coluche qui se moquait de la lessive qui lavait plus blanc que blanc, Alger risquait de disparaître !

« Et maintenant y'a le nouvel OMO qui lave encore plus blanc ! Moi, j'ose pas changer de lessive : j'ai peur que ça devienne transparent après ! »[1].

Reste le cas délicat des ruines d’immeubles nombreuses à Alger, dont une est située juste en face des entrées du métro de la Grande Poste. La solution est simple et est utilisée depuis fort longtemps : il suffit de tendre de grandes bâches sur les façades des immeubles voisins, laissant croire ainsi que des travaux de réhabilitation sont en cours.