Le paso – Les costaleros – Le capataz – Les parcours des différentes confréries - Ferveur religieuse ou kermesse paroissiale ?

 

Grenade 003

Un « paso » est composé d’un socle de bois de 2,5 mètres de large et de 4 mètres de long environ. La hauteur avec les statues est de près de 6 mètres et l’ensemble pèse de 1,5 à 2 tonnes. Le paso est porté par quatre rangées de huit à dix personnes (les « costaleros ») placées sous le socle du paso et qui le portent sur leurs épaules par l’intermédiaire de longerons rembourrés de feutre et de tissus.

Des draperies tout autour du paso cachent les porteurs aux yeux du public. Seuls apparaissent leurs pieds le plus souvent chaussés de très païennes baskets !

Enfermés sous le paso et dissimulés par les draperies, les porteurs sont totalement aveugles. Aussi le paso est-il dirigé par une personne vêtue d’un costume noir très strict, le « capataz », secondé de deux ou trois aides. Il arrive que le capataz soit une femme, bien que cela soit encore assez rare.

Le capataz donne ses ordres aux porteurs à travers des grilles placées dans le socle du paso. L’ordre de s’arrêter ou de repartir est donné, lui, à l’aide d’un marteau d’argent ou de bronze placé sur le socle du paso. Frappé trois fois de suite, il donne l’ordre de s’arrêter, frappé une fois, l’ordre de se préparer, puis renouvelé encore une fois, l’ordre de hisser le paso sur les épaules. A chaque fois que le paso est hissé sur les épaules, le public applaudit. Compte tenu du poids, les costaleros effectuent une halte tous les 50 mètres environ pour se reposer. Aux arrêts, les porteurs s’assieds au sol, sous les draperies.

Le pas des costaleros est différent selon la nature de la musique qui est jouée. Le plus souvent l’avancée est très lente et s’effectue à très petits pas pour éviter les soubresauts. Parfois, le pas est plus rapide et plus ample ou plus saccadé selon les rythmes des musiques jouées par les fanfares. Quand les statues doivent passer sous des porches, ou plus prosaïquement sous des fils électriques, les costaleros doivent alors avancer très lentement, parfois même jambes pliées.

Le parcours est parfaitement minuté, car il faut que les confréries défilent les unes derrière les autres en centre ville. Or parfois, elles viennent de fort loin et ont deux, trois ou quatre heures de chemin avant d’arriver Plaza del Carmen. Leurs passages aux endroits clefs de la ville sont indiqués et le capataz vérifie son « ordre de marche »… Cela donne lieu à moult passages des pénitents en chef dans le cortège qui le montent et le descendent pour donner des ordres afin d’accélérer ou de ralentir la marche de l’ensemble de la confrérie.

Si la procession dont le parcours le plus bref ne dure « que » 3 heures, « Soledad a las tres de la Tarde », une des rares processions à ne pas passer en centre ville et n’effectuant qu’un circuit dans le quartier de Santo Domingo, la procession la plus longue dure près de 12 heures ! Il s’agit de la confrérie des gitans venue de la lointaine colline du Sacromonte. Entre ces deux extrêmes, la durée moyenne des processions semble être d’environ sept heures !

Je perds un peu mes repères.

Dans un premier mouvement, j’avais plutôt analysé cette manifestation comme le signe d’une ferveur religieuse encore vive chez un peuple moins touché par la philosophie des lumières et le triomphe de la Raison, mais au contraire encore profondément marqué par le poids de l’église catholique, l’inquisition, le franquisme enfin. J’attendais des flagellants, du sang et des larmes, des cris et des plaintes, mais il n’y a rien de tout cela. Personne n’a l’air d’expier douloureusement quelque faute que ce soit, pas même le crime qui fut commis ici, à Grenade.

Respectueux certes de la religion et de ses signes, mes voisins n’apparaissent pas plus bigot qu’un français. Alors ? Que viennent-ils tous faire ici, car ils sont tous là les Grenadins, des milliers dans la rue, tout au long du cortège, qui attendent avec patience mais sans résignation ni impatience aucune, plutôt avec plaisir même. Les petits marchands de confiseries, de gâteaux, passent entre les rangs avec leur étal placé sur de petites charrettes, dans une ambiance de kermesse paroissiale ou de fête des écoles. Tout cela est bien sage et familial et les sinistres cagoules pointues ne font même pas peur aux petits enfants.

Liste des articles sur Grenade