Une fête "bon enfant" entre Grenadins - Mais néanmoins religieuse

 

Grenade 009

A observer la foule, celle-ci semble surtout vouloir admirer les différents pasos, apprécier la performance physique ou suivre tout au long du défilé les membres de la famille qui participent à la procession comme pénitents ou costaleros… comme dans n’importe laquelle de nos fêtes des écoles laïques ! On y observe des mères qui suivent leur progéniture, s’inquiètent de leur fatigue à chaque arrêt, ou réajustent une cagoule, rallument un cierge. Il y a aussi des jeunes filles qui viennent saluer un copain, ou un petit ami, costalero, et qui soulèvent un coin d’une draperie du paso pour discuter avec lui.

Je pencherais donc plutôt pour l’affirmation d’une cohérence sociale sur la base d’un quartier, ou d’une paroisse. Cette impression est renforcée par l’ambiance de fête très bon enfant qui règne au long des cortèges, avec vente de glaces, chewing-gums, maïs grillé, morceaux de noix de coco, pommes de terre braisées et ballons en formes de pokémons. La participation à une confrérie serait alors la manifestation d’un attachement à un quartier, l’affirmation d’une cohésion sociale par delà les différences d’âge, les classes sociales. Certaines manifestations me laissent néanmoins penser que les groupes traditionalistes ne sont pas totalement absents de ces processions. Lors du passage de la confrérie de l’université, nous constatons, assez étonnés, qu’y sont présents quelques pénitents portant une vraie croix de bois, grandeur nature, et même, plus consternant, l’un d’entre eux marche pieds nus en traînant de lourdes chaînes à ses chevilles !

L’ordre de chaque procession est immuable, en premier les pénitents, puis, avant le paso, le porteur de bannière, éventuellement des porteurs de lanternes, un porteur du livre sur un coussin (la bible ? La charte de la confrérie ? A voir la manière dont il est porté comme une sainte relique, je penche plutôt pour la bible !). Puis le char processionnel du Christ suivi d’une fanfare. Derrière, les pénitentes en costume andalou précèdent le paso de la Vierge, puis vient une seconde harmonie. Dans les cortèges, il n’est pas rare de voir défiler des militaires et des gardes civils en grande tenue avec, pour ces derniers, l’étrange chapeau de cuir bouilli qui les a rendus célèbres au temps du franquisme.

Il y a en moyenne 250 participants par confrérie, soit près de 8.000 personnes au total qui participent aux différentes processions de la Semaine-Sainte ! C’est dire que chacun ici a au moins un parent, un enfant, un cousin, un ami qui participe à la procession. Ajoutez à cela, une fanfare par paso, ce qui représente 65 groupes musicaux comprenant chacun une trentaine de participants, même si toutes, il est vrai, ne sont pas de la ville de Grenade et que plusieurs sont des harmonies venant des villages environnants. La Semaine-Sainte si elle n’est plus tout à fait une grande fête mystique, reste une grande fête religieuse populaire à laquelle tous les habitants de la ville participent peu ou prou, mélangeant toutes les conditions sociales, à l’exemple de la confrérie des gitans qui mêle manifestement des personnes d’origine différentes. Si la ferveur religieuse semble globalement bien moyenne, la manifestation n’en est pas pour autant une kermesse touristique. Les touristes apparaissent d’ailleurs forts rares, très discrets, au milieu de la fête qui apparaît plutôt comme une grande fête de famille des Grenadins au cours de laquelle on se retrouve, se rencontre, discute, s'invite au café ou au restaurant.

Depuis ma chambre
j’entends le jet d’eau. 
Un doigt de la treille
un rais de soleil
désignent le lieu où est mon cœur. 
Sur la brise d’août
s’en vont les nuées.
Au cœur du jet d’eau, je rêve
que je suis éveillé[1].

[1] Federico Garcia Lorca. « Grenade en 1850 ». « Eros avec canne ». 1925.

Liste des articles sur Grenade