La lagune de Bou Ghrara - La chaussée romaine - Les problèmes écologiques liées au tourisme - Les besoins en eau potable et la construction d'une usine de dessalement de l'eau de mer

 

Tunisie Djerba lagune de Bou Ghrara

Entre l’île et le continent s’ouvre un très large espace, d’une superficie de 50 000 hectares, formée par une dépression de la côte, la lagune de Bou Ghrara. De faible profondeur, en moyenne de cinq mètres, ce plan d’eau communique avec la mer, à l’Ouest, par le canal Ajim-Jorf large d’un peu plus de deux kilomètres.

Par contre, l’échange entre la lagune et la mer ne peut se faire que par une petite ouverture, de quelques mètres de largeur, sous le pont de la route reliant la localité d'El Kantara (ce qui veut dire « Le pont »), au Sud-est de l’île, à la péninsule de Zarzis sur le continent.

Cette route est dénommée « la chaussée romaine ». C’est un fin cordon de sept kilomètres de long sur quelques mètres de large, construit sur des hauts fonds, quasiment à fleur d’eau. La route a-t-elle été réalisée par les Phéniciens, à la fin du IIIe siècle av. J-C,puis restaurée à l'époque romaine comme certaines sources l’indiquent ? Ou construite par les Romains comme d’autres l’affirment ? Je n’ai pas réussi à trouver des informations d’archéologues à ce sujet.

Cette route aurait été très empruntée sous l’Empire romain pour transporter à Djerba les denrées rares de l’Afrique que Rome consommait à loisir : ivoire, or, plumes ou cervelles d’autruche (lesquelles composaient des mets de choix !), esclaves ou animaux sauvages. Stockées sur l’île, elles étaient ensuite exportées pour être vendues dans l’Empire, à Carthage, Rome, Constantinople ou Alexandrie. L’intervention romaine sur la chaussée est toutefois attestée par des percements de celle-ci pour utiliser la force des courants de marée pour faire fonctionner des moulins à foulons : des maillets entraînés par une roue hydraulique frappaient des pièces de draps de laine placés dans des bassins avec de la glaise. Cette opération avait pour but d’assouplir et d’adoucir les pièces de drap en les feutrant.

Une route moderne devait être construite sur la base de la chaussée romaine en 1905, restaurée et élargie une première fois en 1973 et une seconde récemment pour pallier aux altérations de l’écosystème de la lagune de Bou Ghrara. En effet, cet écosystème fragile a connu une détérioration progressive avec une régression de la diversité biologique notamment des ressources halieutiques. Cette détérioration serait due aux pollutions provoquées par les rejets d’eaux usées des fermes aquacoles et de l’abattoir de Guellala, et par l’enrichissement en phosphates des eaux du golfe de Gabès par suite de l’utilisation des engrais agricoles.

Cette détérioration aurait été favorisée par la construction de la route reliant Djerba au continent qui a réduit les échanges entre la lagune et la mer. Cette route était bien percée d’un canal dans sa partie centrale, surmontée d’un pont, pour permettre l’écoulement de l’eau et le passage des barques, mais sa faible largeur et sa faible profondeur ne permettaient pas des mouvements d’eau importants, entraînant une dégradation de la qualité de l’eau et facilitant les dépôts de sédiments. C’est pourquoi un nouveau pont vient d’être réalisé, doublant quasiment la largeur du canal. Accompagné du dragage des fonds du canal, les échanges hydrologiques devraient en être facilités. Reste néanmoins à limiter les rejets polluants liés aux activités d’élevage et industrielles !

La chaussée romaine est longée par des canalisations d’eau douce. En effet, l'île de Djerba ne dispose pas de ressources en eau suffisantes pour assurer la consommation de ses 150 000 habitants permanents et du million et demi de touristes qu’elle accueille, touristes qui sont de très gros consommateurs. Djerba reçoit donc du continent l'essentiel de l'eau potable dont elle a besoin. Ce transfert est réalisé à partir d'un réseau de canalisations, long de 150 km, reliant les forages situés au nord de Médenine aux principaux centres de consommation. Toutefois la surexploitation des nappes phréatiques a imposé progressivement de compléter ce dispositif par des usines de dessalement des eaux saumâtres souterraines puis, en raison de l’épuisement de la ressource, du manque d’eau dans tout le Sud du pays, du coût élevé du transfert des eaux, par la construction d’une usine de dessalement de l’eau de mer qui devrait être opérationnelle en 2012 [1]. Mais le dessalement de l’eau de mer s’opère avec une consommation d’une grande quantité d’énergie dont la Tunisie n’est pas particulièrement riche ! Jusqu’où peut-on continuer ainsi ?


[1] L’unité de dessalement de l’eau de mer de Djerba est entrée en exploitation en mai 2018 (note de 2020).

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