De formidables révolutions démographiques, économiques, sociales et culturelles - Mais des contradictions grandissantes

 

Tunisie Djerba Houmt Souk 07 Borj El Kebir

La révolution tunisienne de 2011 a généralement été une surprise pour tous (et ses suites plus encore !).

J’ai eu l’occasion de travailler avec le ministère de l’Agriculture de la Tunisie depuis la fin des années 70 et donc de me rendre régulièrement dans ce pays. Au cours de cette période j’ai été le témoin des formidables bouleversements qu’a connu la Tunisie : démographiques, économiques, sociaux et culturels qui ont fait sortir ce petit pays du sous-développement.

Révolution démographique avec un taux de natalité équivalent à celui de la France (2,02), un allongement de l’espérance de vie, un fort exode rural et une urbanisation élevée (68%). Economique, avec le développement des secteurs secondaire (32% de la population active) et tertiaire (50%), l’élévation du niveau de vie moyen. Social, avec l’accès massif à l’éducation notamment des filles, le développement d’une classe moyenne, les changements dans les structures familiales qui se resserrent sur la cellule nucléaire. Culturels enfin, avec l’ouverture sur le monde notamment par le biais du tourisme et des télécommunications.

Mais ces révolutions démographiques, économiques, sociales, culturelles ne se sont pas faites sans mal, et surtout sans accroitre les inégalités et les contradictions. Le taux de chômage est élevé (19%), les jeunes diplômés ont beaucoup de mal à trouver un emploi, une partie non négligeable de la population vit dans des conditions de logement déplorables (4% en bidonville), les écarts de revenus sont élevés entre une bourgeoisie tunisoise arrogante et des petits vendeurs qui vivent au jour le jour. Enfin, ces différentes révolutions se sont faites sans une révolution démocratique, sans changement du régime de gouvernement qui est resté une dictature policière, sur la base d’un parti contrôlant tout, monopolisant les postes et les responsabilités, pourchassant sans merci toutes personnes exprimant des opinions différentes.

D’autres contradictions étonnantes surgissaient également au cours de cette période : l’apparition de jeunes femmes voilées dans les rues et les magasins, les discours des officiels dans les séminaires commençant désormais par la formule « Il n'y a de Dieu que Dieu et Muhammad est son Prophète » alors que la République de Bourguiba avait développé une laïcité sourcilleuse, une famille amie mixte (tuniso-européenne), laïque, ouverte sur le monde, que le fait religieux bouleversait brutalement. Autant de signes d’une société en profond changement, parfois déboussolée, cherchant des repères dans un monde instable où les grandes utopies se sont effondrées au profit d’une financiarisation outrancière.

Jusqu’à présent, les suites de la Révolution tunisienne n’ont malheureusement pas été favorables au développement du tourisme : baisse des arrivées [1] avec parallèlement une baisse des formations et une baisse des investissements alors même qu’il s’agissait d’éléments indispensables pour faire évoluer des infrastructures orientées principalement vers le tourisme de masse et pour ouvrir la palette des services au profit de l’ensemble des acteurs tunisiens [2].

Montpellier, le 11 septembre 2013


[1] Sur la période du 1er janvier au 31 mai 2013, la baisse des recettes du tourisme serait de 7,8% sur la période similaire en 2010, de 21,6 % des nuitées et de 13,1% des arrivées aux frontières (Direction des études du ministère du Tourisme).

[2] Le site « Ma Djerba » donne des informations clefs sur la situation de l’île et toutes les initiatives culturelles qui s’y déroulent.

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