Des surfaces agricoles rares - Des conditions très différentes selon les zones - Une balance des produits agricoles et alimentaires très déséquilibrée

 

Yémen Environs de Ibb

Bien que la part de l’agriculture soit faible dans la production intérieure (20%) et quasiment nulle dans les exportations (2%) lesquelles sont dominées par les hydrocarbures, le Yémen reste un pays essentiellement rural : moins de 10% de la population vit dans les huit villes de plus de 100.000 habitants et la moitié des actifs (54%) travaillent dans le secteur agricole. Et pourtant la nature n’a pas vraiment gâté ce pays d’un point de vue agricole : seuls 9% de la superficie totale (le pays est un petit peu plus petit que la France) sont considérés cultivables et à peine 4% sont effectivement cultivés, dont 500.000 hectares qui sont irrigués.

La quasi-totalité de la population est concentrée dans la bande montagneuse ouest, l’ancienne « Arabie Heureuse » qui dispose de conditions de climat et de sol relativement clémentes comparées au reste de la péninsule arabique. La pluviométrie y est assez élevée et peut atteindre des niveaux comparables, voire supérieurs, à ceux connus en France, de 800 à 1200 mm/an sur le versant occidental. De plus, les températures modérées, par suite de l’altitude, permettent une large gamme de cultures de climat tempéré et quelquefois subtropical, sur des sols souvent fertiles car d’origine volcanique. Dans cette zone de montagnes, façonnées par l’homme, avec des systèmes d’irrigation très anciens et complexes, l’agriculture sur terrasses et le petit élevage sont à la base de systèmes de production assez intensifs avec des densités de population de 500 habitants au km² !

Autre zone agricole, la plaine de la Tihama en bordure orientale de la Mer Rouge. Sur 500 km de long pour 30 à 60 km de large et pour une altitude variant de 0 à 300 m, elle jouit d’un climat subtropical avec une pluviométrie faible allant de 50 mm au niveau de la mer à 300 mm au pied des montagnes, mais avec un potentiel de développement de l’agriculture irriguée. Elle constitue aujourd’hui une zone de développement agraire et compte déjà le 1/3 des surfaces agricoles du Yémen. Le reste du pays est constitué de montagnes, de déserts, hormis quelques vallées, oasis ou bandes littorales fertiles.

Les cultures principales sont les céréales (notamment le sorgho), les cultures maraîchères, les légumineuses, les fruits (raisins, pêches, grenades, pommes), les fourrages. La culture du café Arabica, si importante dans l’histoire du Yémen (l’appellation « moka » qui désignait autrefois le café provient du nom du port par lequel était exporté le café du Yémen) est en net déclin. C’est que la culture du café est fortement concurrencée par la culture du qat, lequel a des exigences climatiques similaires à celles du caféier (altitude, ensoleillement et ressources en eau). De fait, le qat est devenu aujourd’hui la principale culture commerciale. En 2007, selon les estimations de la Banque Mondiale, le qat accaparait un tiers des ressources en eau du pays et représentait 12% du PIB.

Les activités d’élevage concernent 4 à 5 millions de têtes de caprins, autant d’ovins et 1,3 million de bovins. Elles se concentrent dans la bande montagneuse et côtière de l’Ouest où la pluviométrie et les ressources en eau permettent la culture de fourrages. Le bétail tient une grande place dans l’économie rurale à la fois comme production et source de revenus pour les femmes, mais aussi comme moyen de thésaurisation.

Globalement, l’agriculture ne couvre que 40% des besoins alimentaires du pays, exigeant de fortes importations notamment en céréales à hauteur de 75% des besoins nationaux, même si l’agriculture est un des seuls secteurs de l’économie yéménite qui enregistre une croissance de 4% par an. Les produits alimentaires représentent près de 30% du total des importations yéménites, mais seulement 2% de ses exportations.

La faiblesse des surfaces disponibles (80% des 1,2 millions d’agriculteurs propriétaires de leurs terres possèdent moins de 1 hectare), l’insuffisance de ressources en eau, la faible productivité, le fort taux d’accroissement démographique, expliquent que si l’agriculture emploie plus de la moitié de la main d’œuvre yéménite (dont 85% des femmes actives), une partie importante des jeunes doit rechercher un emploi en zone urbaine. Ces caractéristiques expliquent aussi la faiblesse des revenus des ménages agricoles : 33% des ménages vivent dans la pauvreté absolue en zone rurale contre 25% en zone urbaine.

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