Comment faire face à l'explosion démographique ? Produire plus de produits agricoles ? - Créer des emplois industriels ? - Emigrer ?

 

Yémen Zabid 3

Compte tenu de sa très forte expansion démographique conséquence d’un indice de fécondité particulièrement élevé – 5,8 enfants par femme ! - une des questions majeures du Yémen est celle de l’insertion professionnelle et sociale des jeunes, alors que le taux de chômage est déjà de 35%. L’évolution prévisible de la population va aggraver encore cette question avec un doublement de la population dans les 25 prochaines années - de 20 millions d’habitants en 2005 à environ 40 en 2030 – même si les premiers signes du ralentissement de la vitesse de cette expansion sont déjà sensibles : le taux de fécondité était de 8,7 enfants par femme en 1982.

Du fait de l’expansion démographique et de l’exode rural, la population urbaine croît plus rapidement que la population totale : 5,1% contre 3,7% d’augmentation de la population totale pour la période 1990/2005. La population rurale verra en conséquence son poids relatif baisser dans la population totale du Yémen, passant de 70% en 2010 à 58% en 2030, bien qu’elle continuera à croître en valeur absolue : de 17 millions en 2010 à plus de 23 millions en 2030.

Cette forte expansion démographique générale a deux conséquences majeures pour le secteur productif agricole. D’une part la population totale du pays augmentant, les besoins en produits alimentaires vont au moins proportionnellement augmenter à l’avenir. D’autre part, la population rurale augmentant elle-même, sur une surface cultivable qui est très peu extensible (9% de la superficie totale du pays sont considérés comme cultivables), la densité de population sur les surfaces agricoles cultivables va encore s’élever.

Trois solutions peuvent permettre de résoudre à moyen terme cette contradiction majeure. La première serait d’augmenter très fortement la productivité du secteur agricole, à la fois par unité de surface mais aussi par personne active en agriculture, pour pouvoir nourrir toute la population et limiter les importations de produits agricoles et alimentaires. La seconde serait que les embauches augmentent fortement dans les autres secteurs d’activité économique, industrie et services, et d’exporter assez de biens pour compenser les importations de produits agricoles et alimentaires. La troisième serait le développement de l’immigration. A long terme, la question se résoudra d’elle-même par la diminution du taux de natalité, mais la société yéménite risque fort de ne pas pouvoir attendre et d’exploser avant !

Compte-tenu de la quasi absence de création d’emplois dans les secteurs industriels et des services, de la difficulté aujourd’hui d’émigrer dans les Etats de la péninsule arabique, la première solution apparaît la plus réaliste, d’où l’intérêt du gouvernement mais aussi de la coopération française pour le développement de la formation professionnelle et technique en agriculture.

Après un premier contact avec un établissement agricole, à Dhamar, qui n’est constitué que d’un magnifique mur d’enceinte, un poste de garde avec quelques gardiens qui font paître leurs moutons dans l’enclos, nous rencontrons les directeurs de deux instituts agricoles d’Aden.

Stupeur ! Ils n’ont ni bâtiments, ni élèves, tout au plus pour l’un d’eux quelques professeurs.

La conversation frise le surréalisme car, si ces deux établissements n’existent plus, ils ont eu une activité par le passé, du temps de la République socialiste. Nos deux directeurs ressassent d’ailleurs ce passé à loisir sans toutefois jamais souligner leurs activités actuelles, leur rôle, leurs démarches, leurs projets. Manifestement ils ne font rien, ne prennent aucune initiative, ne bougent surtout pas, tant il est vrai que la situation peut être confortable ainsi puisqu’ils sont régulièrement payés à faire ce qu’ils veulent bien faire. A ces malheureux occidentaux qui ne peuvent vivre que dans un activisme effréné, dans la conduite de nouveaux projets, ils opposent une passivité désabusée attendant les ordres des autorités supérieures.

« Pas une miette de réalité, pas une démarche qui pût aboutir à quelque chose ».[1]