Une éternelle mineure - Le statut des femmes en regard de l'emploi - Le statut de la femme dans le mariage

 

141 Zabid

Le « code d’honneur » interdit aux filles et aux femmes « respectables » de travailler, car elles passent ainsi leur journée en dehors de leur maison, sans chaperon et sans contrôle familial pour garantir leurs bonnes mœurs, exposées qu’elles sont aux regards, nécessairement concupiscents, des autres hommes ! Situation jugée tout à fait dégradante pour la famille, le clan ! En conséquence, les jeunes femmes qui ont eu accès à un emploi, notamment après avoir fait des études supérieures, l’abandonnent au moment de leur mariage. Les femmes d’âge mûr ne sont pas absentes de la vie professionnelle, mais ce sont généralement des divorcées, des répudiées ou des veuves qui ont besoin d’une source de revenus.

Quelques-unes, plus indépendantes, plus féministes peut-être, refusent de se marier pour pouvoir travailler. Toutes celles qui travaillent manifestent du courage car il n’est pas simple de se déplacer dans Sana’a, en essuyant parfois les remarques désobligeantes ou les quolibets des hommes, voire parfois les agressions : main aux fesses, ou pire, jet d’eau de javel au visage ! Des tracts ont même été distribués menaçant de châtiments les femmes en pantalon ou ne portant pas l’abayia. On raconte que certains de ces distributeurs de tracts auraient néanmoins été durement châtiés par la foule puis par la police. Tout espoir n’est donc pas perdu ?

Le 2 mai 2005, une jeune femme de 21 ans, Amina Ali Abdulatif, devait être exécutée suite au meurtre de son époux. Agée de seize ans au moment des faits, l’exécution avait été reportée une première fois quand on s’était rendu compte qu’elle était enceinte après un viol commis par un gardien de la prison d’al Mahawit à Sana’a. L’enfant, qui avait alors deux ans en 2005, était avec elle dans la prison. Face à la pression internationale l’exécution a été reportée une seconde fois, car la condamnation à mort est théoriquement contraire au code pénal yéménite qui interdit le recours à la peine capitale contre une personne qui est âgée de moins de dix-huit ans au moment des faits. Le procureur général du Yémen a alors créé un «comité spécial» chargé de réexaminer l’affaire et, notamment, de déterminer si Amina Ali Abdulatif avait bien moins de dix-huit ans au moment du meurtre ! Le procureur général devant ensuite recommander au président de la République de commuer ou de confirmer la peine en fonction des résultats de l’étude. En 2007, Amina Ali Abdulatif était toujours en prison. Le rapport d’Amnisty International n’en fait plus état en 2008 laissant à penser que la jeune femme n’est plus menacée d’exécution.

L’âge légal minimum auquel une fille peut être mariée est de 15 ans. Dans la pratique, il semblerait que cet âge puisse être abaissé à 12 ans suite à la décision du père de famille. Cette pratique explique pour partie le fort taux d'illettrisme chez les jeunes filles. Elles sont tenues d’arrêter leur fréquentation de l’école pour pouvoir participer aux travaux ménagers, ou à ceux des champs, en vue de devenir une bonne épouse ! Le 2 avril 2008, une jeune Yéménite de 8 ans, Nujood Ali, a demandé le divorce pour abus physiques et sexuels contre son mari de 22 ans plus âgé. Elle a également porté plainte contre son père à qui elle reproche de l'avoir mariée de force, deux mois plus tôt… Son mariage a finalement été annulé, son mari et son père étant même placés en détention provisoire.

Au regard de la législation et du code pénal yéménite, les femmes sont tenues d'obéir à leur père puis à leur mari, lequel peut divorcer sans aucune justification juridique ; ce qui n’est évidemment pas possible pour la femme. Elle doit vivre avec son mari à la place qui lui a été accordée dans le contrat de mariage, elle doit « consommer » le mariage et ne pas quitter la maison sans son consentement. Toutes les lois favorisent une domination patriarcale. La conséquence de cette domination est, bien entendu, la violence et les abus sexuels qui sévissent dans beaucoup de foyers. Selon un chercheur Yéménite, environ 67% des femmes sont maltraitées par leur époux, 30% par leurs frères et 17% par leurs parents. Une violence qui se termine parfois par une infirmité ou par un meurtre, lorsqu'il ne s'agit pas d'une tentative de suicide. Les maris ou les pères, responsables de ces exactions, ne sont que très rarement poursuivis par la justice et le jugement concernant Nujood Ali n’en est que plus exemplaire.

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