Une ville au passé prestigieux - Un patrimoine architectural exceptionnel

 

133 Zabid

Zabid est située dans la plaine, à proximité de la route qui relie le port d’Al Hodeïda à Taez. Elle était autrefois un relais important sur la voie terrestre reliant l'Inde à la Mecque. Aussi connue dans le monde islamique que le Caire ou Médenine, elle était la capitale d’hiver de l’Empire Rassoulide du XIIIe au XVe siècles.

Dans les articles consacrés à la ville, on y répète à loisirs que c’est à Zabid qu’aurait été inventé l'algèbre… alors qu’il semblerait que ce soit plutôt à Bagdad vers les années 800. Encore que cet algèbre était bien loin de celui auquel nous sommes habitués car il n’utilisait pas de signes abstraits ! Il faudra attendre le XVe et le XVIIe siècle pour voir utiliser les signes « plus » et « moins », les lettres de l’alphabet pour désigner les quantités connues (a, b, c…) ou inconnues (x, y, z…).

« Zabid est à cent vingt milles de San'a et est, après San'a, la plus grande et la plus riche ville au Yémen. Elle est située parmi des jardins luxuriants avec beaucoup de jets et fruits, tels que des bananes (…).La ville est grande et populeuse, avec des plantations, des vergers, et des jets fonctionnant. La ville est plaisante et la plus belle au Yémen. Ses habitants charment par leurs façons (…) les femmes particulièrement qui sont excessivement belles »[1].

Zabid est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1993. Elle est la seule ville du Yémen bâtie selon la trame caractéristique des villes arabes. De forme ovale, d’un kilomètre de diamètre environ, elle est délimitée par une enceinte fortifiée. Le seul grand espace ouvert est celui de l’esplanade de la citadelle situé à sa périphérie. Ses quatre portes sont reliées à la mosquée centrale par un réseau de rues et de ruelles tortueuses qui débouchent sur de petites places. Des voies plus larges, quasi circulaires, pourraient correspondre au tracé de remparts antérieurs.

Chacun des pâtés de maisons formés par les rues comporte des passages donnant accès aux cours intérieures des habitations car là encore, contrairement aux autres villes du Yémen, la maison-cour est l'unité de base caractéristique de la ville. La cour est dominée, à l’étage, par la pièce principale, la « murabba », un simple parallélépipède rectangle mais dont les façades sont richement ornées de motifs géométriques en relief. Les ornements surmontent les ouvertures, portes et fenêtres, dessinant des arcs outrepassés, ou composent des cartouches aux lignes droites entrecroisées, ou au contraire sinueuses semblant représenter des fleurs stylisées. Cette décoration se poursuit à l’intérieur de la pièce et est complétée par des plafonds et des panneaux de bois peints aux motifs géométriques, rosaces, palmes, damiers, aux couleurs vives.

Pour nous montrer la richesse des peintures, les habitants n’hésitent d’ailleurs pas à les asperger d’eau au risque d’accélérer leur détérioration… mais il faut bien vivre et l’espoir de quelques pièces est bien plus important à leurs yeux que la conservation de ces vieilleries inutiles.

La brique cuite, recouverte de stuc blanchi, est le matériau principal de cet ensemble architectural. Elle permet de réaliser de magnifiques dessins géométriques en relief ou sert de support à des bandes calligraphiées, notamment dans les nombreux bâtiments religieux : la ville ne compte pas moins de 86 mosquées et madrasas !

Mais Zabid est aussi déclarée ville du patrimoine mondial en péril depuis 2000. C’est aujourd’hui une bourgade appauvrie dont les fondements économiques et sociaux se sont totalement effondrés : elle n’a plus aucune fonction économique productive, ni même de fonction commerçante n’étant plus traversée par la route Aden - Al Hodeidah, encore moins de fonction intellectuelle et religieuse par suite du transfert des hautes études islamiques et arabes à l’Université d’Al Hodeidah. Sa fonction touristique est réduite à la portion congrue de quelques passages d’étrangers, passages d’autant plus rapides qu’il n’existe ni hôtel ni restaurant, ni même de café, pour retenir ses hôtes.


[1] Ibn Battûta. « Rihla » (voyage). Vers 1300.

Liste des articles sur le Yémen

Télécharger le document intégral