Pain ET couvert - Un déjeuner expédié à toute vitesse

 

66 Aden Déjeuner

Le meilleur accueil est réservé aux étrangers quand ils pénètrent dans un restaurant, qu’il s’agisse d’un établissement de type occidental ou un de ces nombreux petits commerces installés sur le trottoir. Dans ces gargotes, si les Yéménites mangent le plus souvent directement sur la table de bois ou de formica, l’étranger a droit, suprême luxe, à une « nappe » composée de feuilles de papier journal ou de sacs plastiques.

La première chose que l’on vous sert, sans même que vous ayez demandé quoi que ce soit, ce sont de grandes galettes de pain, servies très fines et brûlantes, absolument délicieuses et qui composent la base de l’alimentation. La galette traditionnelle (« Alkhobz ») est fabriquée à base de blé, seigle, sorgho ou de lentilles. Les galettes de pain sont cuites sur place dans un four construit en terre, le « tanour ».

 « Leur pain, assez insipide, est fait à peu près comme les galettes de blé sarrasin que l’on mange en Bretagne et en Normandie »[1].

Ces galettes remplacent également les couverts et servent donc de cuillères pour prendre les aliments dans les plats qui sont apportés, riz, potée de viande (mouton, chèvre ou volaille) aux pommes de terre, lentilles, haricots, ou fèves. Les galettes peuvent être accompagnées de sauces au yogourt ou de purée de tomate épicée de piment, coriandre, cumin et jus de citron. Enfin, l’ensemble des plats est généralement complété par une salade à base de tomates, carottes, oignons et persil. L’étranger a souvent droit à un traitement de faveur en mettant à sa disposition des fourchettes et des couteaux !

Mais nos gens ne purent jamais s’accommoder des mets qu’on leur présentait où l’épicerie et surtout la cannelle dominaient à l’excès. Ces mets étaient pour l’ordinaire de la chair de cabris, de veau et de mouton, coupé par petits morceaux et bouillie ensemble avec du riz et une quantité de raisins secs »[2].

Le tout est bu avec du thé très sucré, mais de plus en plus avec du Pepsi ; le Coca-Cola, emblème de l’impérialisme américain, n’ayant pas droit de cité dans le pays. A la maison, les Yéménite consomment traditionnellement du bouillon de légumes à base de carottes et de pommes de terre, auxquelles la cuisinière ajoute, si possible, de la viande ou des œufs ainsi que des graines de fenouil. C’est « la salta », le plat traditionnel répandu dans tout le pays.

Curieusement, les Yéménites ne traînent pas à table. Ils mangent très très vite, et chacun se lève dès qu’il est rassasié.


[1] Jean de La Roque. « Voyage de l’Arabie Heureuse par l’Océan Oriental et le Détroit de la Mer Rouge, Fait par les François pour la première fois, dans les années 1708, 1709 & 1710. Avec la relation particulière d’un Voyage Fait du Oort de Moka à la Cour du Roy d’Yémen, dans la féconde Expédition des années 1711, 1712 & 1713 ». 1716.