La piazza Castello - Le Palais Royal et le Palais Madama

 

Turin Palazzo Madama

Les évolutions urbanistiques de la ville de Turin sont bien visibles sur la piazza Castello avec le Palais Royal et le Palais Madama.

La construction du Palazzo Reale commence en 1584 sous la direction d’Ascanio Vittozzi. Mais la réalisation de cet imposant édifice s’est échelonnée sur un siècle. Les travaux de la façade sont initiés en 1658 et s’accélèrent à l’occasion du mariage de Charles-Emmanuel II avec Françoise-Madeleine d’Orléans. Dans le même temps, une solution est proposée pour la liaison entre le château et la cathédrale avec la construction d’une chapelle pour accueillir « dignement » le Saint-suaire. C’est l’architecte Camillo Guarino Guarini qui en sera chargé en 1668.

Le palais est un monument sans grâce particulière, assez massif, organisé autour d’une cour carrée et composé de façades rectilignes en briques, peu décorées, terminées par deux pavillons quadrangulaires. Des bras lui ont poussé, au Nord, mais surtout au Sud, encadrant une cour fermée par des grilles sur la place principale de Turin (piazza Castello). Plus que la recherche architecturale et décorative, l’essentiel semble avoir été de constituer une résidence importante, soulignant la puissance du Prince et permettant la centralisation administrative des pouvoirs.

Toute autre apparait l’histoire du second palais de la place, le Palais Madama dont l’histoire est plus riche et plus chaotique. Les Romains établirent une porte dans l’enceinte de la ville encadrée par deux tours, lesquelles seront réutilisées après la chute de l’Empire pour la défense de la ville, puis agrandies en château au XIVe siècle. Complété par deux autres tours rondes, disposées en trapèze autour d’une cour centrale, le bâtiment devient ensuite un château fort. En 1637, la régente du duc de Savoie Charles-Emmanuel II, Christine de France, en fait sa résidence personnelle, non sans en modifier profondément l’intérieur pour l’adapter à ses objectifs de confort et de représentation : remodelage des appartements, nouvelle décoration et couverture de la cour intérieure pour y créer une grande salle d’apparat.

En 1675 une autre régente, Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie, occupe à son tour le palais, confirmant ainsi le surnom de « Madama » pour le palais. Si le piano nobile avait été profondément remanié et adapté aux canons artistiques du siècle, salle des gardes, salle des fêtes, chambre de Mme Royale, cabinet chinois, garde-robe, l’extérieur avait conservé l’aspect d’un bastion médiéval ! Aussi, la régente commande-t-elle un habillage plus prestigieux à l'architecte Filippo Juvarra (1678 / 1736) : pierres blanches au lieu de la brique rouge et décoration au goût du siècle. Mais les travaux se limiteront finalement à la réalisation d’une façade, de 1718 à 1721, plaquée sur l’édifice médiéval côté piazza Castello. Cette façade est inspirée de la façade Ouest du château de Versailles (lignes droites, soubassement puissant souligné par les lignes horizontales des refends, hautes fenêtres cintrées du piano nobile encadrées de pilastres, péristyle décoré de colonnes corinthiennes, attique composée d’une balustrade ornée de statues et de pots-à-feu. Seule différence : les pilastres colossaux encadrent les petites fenêtres de l’étage supérieur. Cette imposante façade abrite un escalier ! Superbe, certes, mais cette façade apparait un peu incongrue plaquée sur un château médiéval.

 « Le palais, qu’on appelle le Palais-Madame, a une façade superbe, et bien au-dessus de celle du grand palais. (…) Au-dedans, on trouve un des plus beaux escaliers qu’il y ait au monde, à deux rampes et orné d’une belle architecture. La voûte qui le soutient est légère et bien tournée, et celle qui le termine toute garnie de roses, de pierres variées de différentes manières : ne cherchez rien de plus ici. Au bout de cela, il n’y a point d’appartements ; c’est un escalier sans palais »[1] .

De Brosses exagère un tantinet car il oublie l’aménagement des appartements du château médiéval [2] auquel cet escalier permet d’accéder !


[1] Président De Brosses. Lettres d’Italie. 1740.

[2] L’ensemble est aujourd’hui magnifiquement aménagé en musée en valorisant les différentes étapes de construction de l’édifice : art médiéval dans le sous-sol, gothique et Renaissance au Rez-de-chaussée, baroque au piano nobile.

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