De nombreuses commandes - Mais disparues pour la plupart - Un architecte inventif, dans un art de synthèse

 

Turin Guarini

Guarini a conçu plusieurs bâtiments publics et privés à Turin : les palais du duc de Savoie, les églises San Lorenzo, San Filipo Neri et de L’immaculée Conception, la chapelle Santissima Sindone pour abriter le Saint Suaire dans la cathédrale, le Palazzo Carignano. Les coupoles de San Lorenzo et de la chapelle du Saint-Suaire sont particulièrement remarquables par leur audace qui n’est pas sans faire penser à celle d’un Borromini (1599 / 1667), le grand architecte baroque romain.

Il reçut également des commandes dans toute l'Europe, notamment pour la construction d’églises de l’ordre des Théatins auquel il appartenait : couvents des Théatins de Modène, Messine et Paris, ainsi que des édifices religieux à Vienne, Prague ou Lisbonne. Malheureusement, la plupart de ses œuvres disparurent !

A Messine, l'église de la Santissima Annunziata et le couvent des Théatins furent détruit dans le terrible tremblement de terre de 1908. A Lisbonne, les sources concernant Notre-Dame-de-la-Divine-Providence donnent des informations différentes : détruite par le tremblement de terre de 1755 pour les uns, jamais réalisée pour les autres. A Prague (Santa Maria da Altötting) et Paris (Sainte-Anne-la-Royale) ses œuvres ne furent pas réalisées, ou non terminées ou encore détruites. Bref, ce n’est aujourd’hui qu’à Turin que l’on peut admirer les compositions de ce remarquable architecte.

Toutefois, l’ouvrage de Guarini, « Architettura civile », paru à Turin, à titre posthume en 1737, permit de faire connaître ses projets et réalisations. Il y définit les fonctions de l’architecture, fonctions qui ne sont pas sans résonnances très modernes : l’architecture regarde avant toute chose la commodité, elle s’adapte à la coutume et aux personnes, obéit à la nature du lieu, elle recherche la sécurité de ses réalisations, évite les matériaux dispendieux et rares, elle recherche les proportions de ses différentes parties… Et, cerise sur le gâteau, l’architecture peut corriger les règles anciennes et en inventer de nouvelles[1] !

 « Guarino Guarini a exprimé dans son Architecture civile, le suc des autres Ecrivains qui avoient composé sur cette matière. Les règles qu'il donne ont de la justesse, & ses observations sont vraies. C'étoit néanmoins un des plus mauvais architectes de son temps »[2].

Ce jugement à l’emporte pièce est non seulement la marque d’un esprit français du XVIIIe siècle rejetant l’architecture baroque au nom du « classicisme », mais aussi vraisemblablement, et pour les mêmes raisons, l’art gothique auquel Guarini s’était tout particulièrement intéressé au cours de ses voyages en Europe. Rappelons qu’être traité d’architecte « gothique » était alors particulièrement injurieux !

L’art de Guarini s’est appuyé sur ses grands prédécesseurs romains, Borromini et Le Bernin. Du premier, il s’est manifestement inspiré pour la très grande hardiesse de ses constructions, notamment de ses coupoles, et l’usage fréquent du triangle dans ses plans. Du second, il a conservé la richesse de l’ornementation intérieure même si celle-ci est moins « gratuite » que celle du Bernin, la théâtralité des façades ainsi que l’usage des arrondis : la façade du palais Carignano n’est pas sans faire penser au plan du Bernin pour la façade du Louvre à Paris.

Les plans de Notre-Dame-de-la-Divine-Providence à Lisbonne (peut-être entre 1679 et 1681) et de l’Immacolata Concezione (1675 / 1697) à Turin sont particulièrement intéressants. La nef, au lieu d’être un ensemble rectiligne, forme une succession de trois ovales avec l’utilisation de piliers placés de biais délimitant tout à la fois les ovales de la nef et des chapelles latérales circulaires. L’architecture intérieure est alors très dynamique, et sera reprise par les architectes d’Europe centrale (par exemple dans la chapelle des « Vierzehn Heiligen »[3] de Balthazar Neumann).


[1] Guarino Guarini. « Architettura civile ». 1737. Bibliotèque Nationale de France. 

[2] Claude-Camille-François d'Albon. « Discours sur l’histoire, le gouvernement, les usages, la littérature et les arts. Par M le comte d’Albon, de la plupart des académies ». 1782.

[3] 1743 / 1772, Bad Staffelstein, Haute-Franconie, Bavière.

Liste des articles sur Turin