Un palais dont la façade serait inspirée de celle du Louvre proposée par Bernini ? Le théâtre Alfieri et le glacier inventeur de l'eskimo !

 

Turin Palazzo Carignano

Le palais Carignano (1679 / 1684) est le chef-d'œuvre civil de Guarino Guarini. Il s’agit d’une construction imposante réalisée pour le prince Emmanuel-Philibert, surnommé « le Muet », fils du prince Thomas de Carignan, une branche cadette de la famille de Savoie.

« Palais Carignano. Façade en briques roses qui ondule en courbes et contre-courbes (…) déployant les ondulations de sa façade pour le seul plaisir de vaincre la rigidité du matériau ; ensuite en construisant un édifice de très grandes dimensions, dont la masse, comme souffletée par le vent, déroule en moelleuses arabesques ses roses sinuosités »[1].

Pour le réaliser Guarini se serait inspiré des dessins du premier projet du Bernin pour la façade du Louvre. Dans un cas comme dans l’autre, on retrouve l’idée de cette façade creusée progressivement vers le centre pour faire ressorti le bâtiment central aux lignes convexes.

L’édifice général est à plan rectangulaire, avec une cour intérieure[2]. Seule la partie antérieure est de Guarini, la partie postérieure a été érigée au XIXe siècle pour recevoir les parlementaires et le secrétariat du parlement. La façade arrière, néoclassique, avec son grand portique et ses trois ordres monumentaux, massive et rectiligne, de pierres blanches, est en contradiction complète avec l’esprit de la façade curviligne, convexe et concave, dynamique, de briques roses, de Guarini.

Un premier axe traverse le bâtiment de par-en-par, de la place Carignano à la place Carlo Alberto, à travers le hall, la cour et le grand portique arrière. Le second axe s’organise sur la façade avant du palais, sur le grand cylindre elliptique central et comporte, en rez-de-chaussée, un double hall longitudinal aux voutes surbaissées et, au piano nobile, les pièces de représentation.

Le pavillon central concave abrite un double escalier, partant de chacun des deux halls latéraux du rez-de-chaussée, pour atteindre au piano nobile une petite pièce polygonale. Celle-ci s’ouvre d’un côté sur le balcon d'honneur de pierres blanches, de forme convexe, incrusté dans une niche creusée dans la façade et dominé d’un tympan triangulaire. De l’autre, elle donne sur le grand salon ovale, transformé depuis en hémicycle, couvert d’une double coupole dont la seconde est vitrée pour assurer une grande luminosité dans la salle.

Avec sa façade curviligne, son double escalier et son étonnante double coupole dans le salon principal, il est un des plus beaux palais urbain de la seconde moitié du XVIIe siècle. Cette façade baroque détonne un peu au cœur d’un Turin plutôt linéaire et austère : des lignes courbes, une façade qui joue sur les profondeurs, tout ici est mouvement.

Le salon central sera transformé en amphithéâtre, en 1848, pour accueillir la « Chambre des députés » du parlement sarde et, de 1861 jusqu’en 1865, le parlement du nouvel État italien.

En face du palais Carignano est situé le théâtre du même nom. Le théâtre a été construit (1752) par Benedetto Alfieri pour accueillir les représentations de théâtre ou de musique données par les princes de Carignano. Suite à un incendie, il fut reconstruit à l’identique en 1786 à partir des plans d’Alfieri. C'est le plus ancien théâtre de Turin. Il est notamment célèbre pour avoir accueilli des auteurs renommés (les tragédies du dramaturge Vittorio Alfieri), des comédiens ou des troupes célèbres (la compagnie de Carlo Goldoni). En 1886, c’est ici qu’Arturo Toscanini fit ses débuts de chef d’orchestre en Italie, à l'âge de 19 ans, pour la première d'« Edmea » le dernier opéra du jeune compositeur Alfredo Catalani ! Au cours du XXe siècle, il a également accueilli des premières historiques comme « Le Plaisir d’être honnête » de Pirandello (1917).

A côté du théâtre, le glacier « Pepino » est l’inventeur en 1939 du « pinguino », une crème glacée recouverte de chocolat placée sur un bâtonnet de bois : le premier eskimo glacé de l’histoire ! Le restaurant « del Cambio », ouvert en 1757, et fréquenté notamment par Casanova ou Cavour, est en cours de restauration et devrait rouvrir à l’automne 2013.


[1] Dominique Fernandez. « La perle et le croissant ». 1995.

[2] UNESCO. « Liste du patrimoine mondial - Les résidences des Savoie ».