Les guerres françaises d'Italie - La création de l'unité italienne (le Risorgimento) - Une muséographie attrayante

 

Turin Museo del Risorgimento

Le palais Carignano héberge le musée national du « Risorgimento »[1]. Le Risorgimento concerne cette période de l’histoire qui, au XIXe siècle, a consacré l’unification des différents Etats de l’Italie (duchés de Modène, de Parme, de Toscane, royaumes des Deux-Siciles, de Sardaigne, Etats pontificaux) et des possessions étrangères (Lombardie, Venise) sous la houlette de la Maison de Savoie.

Nous, Français, que savons-nous de l’histoire italienne ? A dire vrai, souvent pas grand-chose… 1515, certes ; 1860 peut-être, avec le rattachement de Nice et de la Savoie à La France ? Mais encore ?

Pourtant ce n’est pas faute d’avoir semé la guerre dans les Etats italiens ! Sans remonter aux Gaulois et aux oies du Capitole, Charles VIII pénètre en Italie en 1494, Louis XII en 1499 puis en 1509, François Ier en 1515 (comme chacun sait), puis se seront 1536, 1543 et 1552. Onze guerres de 1494 à 1559 qui semèrent la ruine et la mort non seulement en Italie mais aussi par le jeu des alliances en Roussillon, en Languedoc, Provence, Bourgogne, Picardie, Champagne, Artois, Lorraine ! Enfin, ce fut aussi la République Française, en 1796, avec un jeune général talentueux… Nous savons généralement aussi, ou croyons savoir, que Napoléon III a aidé à l’unification italienne. En réalité, de manière bien contradictoire ! En investissant Rome et en rétablissant la papauté contre la République romaine créée en 1849, puis en soutenant le Piémont contre l’Autriche (victoires de Magenta et Solférino en 1859) et enfin en occupant jusqu’en 1870 ce qui restait des Etats de l’Eglise (le Lazzio) pour défendre la papauté contre le Roi d’Italie !

Le musée du Risorgimento, très riche et très documenté est donc une excellente occasion de s’informer ! De s’informer, mais aussi d’apprendre ou de réviser son anglais ou son italien, car toutes les fiches sont en italien et les documents audiovisuels en anglais et italien ! Mais que cela ne vous empêche pas de faire la visite car, sur la bande son, l’expression orale des comédiens est particulièrement simple et claire et rend accessible les informations données.

Par une loi de 1901, ce musée est le seul qui soit national parmi les 23 musées italiens équivalents. Il était installé initialement au Mole Antonelliana puis il a été transféré, en 1938, au palais Carignano, lieu où été proclamé le royaume d’Italie en 1861. L’objectif du déménagement était aussi politique : souligner la continuité du fascisme avec le Risorgimento. De cette époque ne subsiste, à l’entrée du musée, que la liste des étapes de l’unification italienne. Celle-ci signale, in fine, que le roi d’Italie est devenu désormais roi d’Albanie et d’Afrique orientale italienne (1939) ! Pour le reste, le musée a été totalement remanié et actualisé en 2011 sous la direction de Richard Peduzzi[2] lequel a été chargé de la scénographie.

Globalement le Musée[3] conserve des documents, des périodiques, des reliques, des armes, des étendards, des œuvres d´art, des objets divers… qui racontent l´histoire de l´Italie entre 1706 et 1946. Mais il comprend également de remarquables documents audiovisuels qui rendent vivant cette histoire, ces objets, et les éclairent d’informations complémentaires et d’analyses comparées. C’est par exemple le cas pour la présentation de l’unification italienne qui est positionnée dans le contexte plus global de l’histoire européenne. Deux faits sont notamment mis en valeur : le rôle des idées avec les Lumières puis la naissance d’un monde politique nouveau avec la Révolution française, mais aussi la révolution industrielle anglaise qui annonce, elle, un monde économique nouveau.

Une réflexion approfondie a été conduite sur la coloration des salles et sur la palette des tons utilisés. Les couleurs des salles, toujours franches et lumineuses, sont fonction des faits évoqués. Une couleur jaune/orange évoque la naissance d’un monde nouveau avec les révolutions politiques et économiques ; la couleur or, la gloire de l’Empire napoléonien ; les couleurs froides les périodes de répression du mouvement populaire ; le rose celles de poussée démocratique, le rouge les révolutions, le bleu le développement de la royauté italienne…


[1] Qui pourrait se traduire par « renaissance » ou « résurrection ».

[2] Richard Peduzzi, scénographe, peintre, et designer, est également connu pour sa collaboration avec Patrice Chéreau et Pierre Boulez dans la réalisation à Bayreuth du Ring du centenaire (1977 / 1980).

[3] Voir le très joli site internet de présentation du musée.

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