Un pays déconseillé - Une certaine insécurité liée à la guerre civile et à la drogue - Les toilettes du pape

 

Guatemala Las Cruces_00 bis

A lire les conseils aux voyageurs sur le site du ministère des Affaires étrangères, il conviendrait plutôt d’éviter de se rendre dans le pays ! Entre état de siège, menaces d’éruptions volcaniques et de tremblements de terre et malversations à la carte bancaire, il y a de quoi décourager les plus téméraires. D’après nos interlocuteurs guatémaltèques, certaines nationalités seraient d’ailleurs plus sensibles que d’autres à ces différentes alarmes… Elles toucheraient prioritairement Américains et Allemands qui se feraient plus rares sur les sites mayas du Petén, alors que les Français résisteraient assez bien et seraient désormais les visiteurs les plus nombreux.

Il faut savoir néanmoins que le pays serait un des plus dangereux de la région. Les assassinats y sont monnaie courante. Dans le Petén, l’état de siège a été déclaré pour une durée de trente jours, en mai 2011, suite à l’assassinat de 27 ouvriers agricoles. L’armée a été dotée de pouvoirs exceptionnels comme aux plus mauvais temps de la dictature militaire : possibilité de détenir des suspects sans mandat, interdiction des manifestations publiques. Il s’agissait, semble-t-il, d’un massacre perpétré par le cartel de narcotrafiquants d’origine mexicaine, « Los Zetas », considéré comme l’un des plus dangereux en Amérique centrale. Ce groupe armé, composé de tueurs à gage mexicains et d’anciens militaires guatémaltèques se livre au trafic de stupéfiants, aux enlèvements, au racket, au blanchiment d'argent.

La situation actuelle du Guatemala est, pour partie, la conséquence de la terrible guerre civile qui a ravagé le pays pendant trente-six années, faisant plus de 100 000 morts et 40 000 disparus, majoritairement des indiens mayas, et a contraint plus de 100 000 personnes à quitter le pays. Les bandes armées, paramilitaires et autres groupes de choc, se convertissent désormais et, avec à-propos, dans l’industrie privée du crime organisé après avoir acquis et démontré leurs compétences dans la terreur d’Etat.

Le 6 novembre dernier, après des alternances politiques mouvementées, c'est dans une certaine indifférence, semble-t-il, que l'ex-général Otto Fernando Pérez Molina, candidat du « Parti Patriote », a remporté les élections présidentielles avec environ 54 % des suffrages face à son rival centriste Manuel Baldizón, du parti « Liberté démocratique rénovée » (Lider). Les routes des Hautes-Terres sont encore submergées d’affiches électorales, de slogans peints sur les murs, les poteaux électriques et les barrières de protection. Par contre, si le « Parti Patriote » est arrivé en tête aux législatives devant l'UNE, le parti de l’ancien président, il n'obtient pas la majorité des sièges au Congrès. Bien évidemment, l'élection d'un ex-militaire à la tête de l'État est accueillie avec une certaine crainte par les organisations de défense des droits de l'homme.

A notre arrivée au Guatemala, notre premier souci est de chercher la douane pour y faire tamponner nos passeports, car nul douanier, policier ou militaire ne contrôle le chemin de la berge où nous accostons après une remontée du Rio Usumacinta en pirogue. Heureusement, le chauffeur qui nous attendait sur la berge connait assez le village pour nous y conduire. Mais nous tombons mal, car c’est l’heure de la sieste et, dans le bureau de la douane, seul le téléviseur est en fonctionnement.

Notre second souci est de trouver des toilettes après 80 kilomètres d’une piste particulièrement chaotique et éprouvante. Mais là encore, notre chauffeur connait les bonnes adresses et nous indique des « toilettes publiques » au village de Las Cruces. En fait, il s’agit d’une initiative privée d’un villageois ayant installé des toilettes dans son jardin ! Exactement comme dans le film uruguayen « Les Toilettes du pape » [1] où Beto, un père de famille débrouillard, a l’idée de construire des toilettes à l'occasion de la visite du pape Jean-Paul II à Melo, en Uruguay, à 60 km de la frontière avec le Brésil. Le film narre les péripéties multiples de la réalisation des toilettes qui ne sera finalement pas effectuée à temps ! Je ne sais pas si notre villageois de Las Cruces avait eu l’occasion de voir le film mais ses toilettes, assez sommaires, n’en sont pas moins efficaces. C’est la grand-mère qui est chargée du rôle de « Dame pipi ». Elle fait payer les clients à des tarifs différents selon l’utilisation prévue et leur distribue, selon l’utilisation et le sexe, des feuilles de papier-toilette.


[1] Enrique Fernández et César Charlone. « El Baño del Papa ». 2008.

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